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Encore du gratuit ? Mais de quoi vis-je ? Des plus de cinquante titres publiés à ce jour (cf ci-dessus, rubrique “Catalogue éditions”), de ma librairie et des visiteurs qui ont l'audace extrême de prendre le temps pour boire, qui un café, qui une limonade, ou bien encore un cocktail maison. Bon, sur ce l'argent ne se mange pas, inutile d'empiler les biftons, quoiqu'en pense un certain ministricule en marche. Par contre la culture doit être une nourriture accessible à tous... un bien commun que l'on peut partager. Mais que cela ne vous empêche point de vous faire un cadeau parmi les titres proposés par Denis éditions !
En guise d'apéro littéraire, voici un texte égrillard du fameux Piron, j'espère qu'il vous plaira par cette langue si bellement maniée, et avec tant d'esprit.

Écorchure

Annette et le berger Etienne
Tous deux d'amour épris,
Passaient et les jours et les nuits
A l'ombre des forêts à parler de leur peine.
Lui, sans certain plaisir, ne pouvait être heureux.
Un soir fatal à la vertu d'Annette,
Etienne la pressait l'œil enflammé d'ardeur ;
Son heure étant venue, une langueur secrette,
Dont la bergère encore ignorait la douceur,
Coule insensiblement jusqu'au fond de son cœur.
Dieux ! Que vos lois sont inhumaines !
Quel penchant donnez-vous pour des plaisirs si doux ?
Dit-elle, je me rends ; Etienne, vengez-vous
De mes rigueurs et de vos peines.
Le berger aussitôt, dévoré d'appétit,
Prend le bout du lacet, ce reste de machine,
Que sans nommer chacun devine :
Le bout était trop gros ou le trou trop petit.
La belle crie, il pousse, à la fin il engaine ;
Mais, hélas ! par malheur, d'effort le pauvre Etienne
S'écorche en un endroit peu distant du nombril.
Etienne, une heure après, riant avec Annette,
Vit cet endroit sanglant : — Je suis perdu, dit-il,
C'est fait de moi, j'en tiens. Il court, il s'inquiète,
Conte la chose ainsi qu'elle s'est faite.
Pauvre sot, lui dit-on, qui se plaignit jamais
Qu'une fille fût trop étroite ?
Retourne-t-en, demeure en paix,
Et fais gloire de ta blessure.
Je connais des amants, même des hupés,
Qui, maudissant dame nature,
Voudraient bien, comme toi, qu'on les eût écorchés.

Alexis Piron
(1867-1944)