Gazette n°397
lundi 10 octobre 2022
sponsorisée par la barbarie

C’est une histoire vraie que raconte Victor Hugo dans “Claude Gueux”. Une histoire malheureusement funeste, car elle se termine par l’exécution capitale de Claude Gueux.
Ces dernières étaient accomplies en place publique !

C’EST À PLEURER

— Le jury vous condamne à la peine de mort, selon l’article B29 alinéa 45 de la loi de privation de vie du 29 janvier 2046, énonce le président du tribunal.
Victor Chose, un grand dadais d’aspect impressionnant se tient droit, les yeux rivés sur celui qui vient de le condamner à mort.
En effet, il y a quinze jours de cela, Victor a égorgé un voisin de son amant « Parce qu’il lui avait causé mal » se défendait-il.
La justice, désormais expéditive depuis l’avènement de la septième République, avait dénoncé l’abandon de la peine extrême, et était même revenue à la vieille tradition de l’acte en public... assortie d’une nouveauté : la veuve noire devait être installée à l’endroit du meurtre perpétré.
Dans ce cas précis, devant le 12 avenue de Lattre de Tassigny, à La Forge, où se tient le café-librairie de son amant.
***
Il est 7h30 en ce beau matin froidureux d’octobre 2052. L’abattoir a été installé durant la nuit, sur la route même, coupée à la circulation. Déjà une foule de badauds curieux et silencieux se presse aux barrières du lieu fatidique.
Quelques gendarmes régissent la bonne tenue de l’événement. Car c’en est un ! Le représentant de la presse locale et son fidèle photographe en fait foi.
Un peu plus loin, quelques énergumènes vitupèrent leur opposition à cet acte “non humaniste”. Mais les forces de l’ordre veillent.
Quant à Denis, triste et dépité, il se tient sur le seuil de son commerce, debout malgré ses quatre-vingt-neuf ans. Stoïque devant l’inéluctable.
8h10, le fourgon cellulaire stoppe juste devant le fatal objet, projetant son ombre méphitique à l’endroit même du crime.
Victor est sorti du véhicule par deux représentants du tribunal populaire et poussé sur la bascule du rasoir national.
Il a juste le temps de dire :
— Je t’aime !
Le couperet tombe dans un bruit lugubre et sec sur le cou du supplicié et fait choir sa tête dans le panier en osier, rougit du sang de la mise à mort.
Soudainement, alors que la petite troupe des adversaires de l’acte barbare s’est tue pour une prière silencieuse. Les spectateurs aux premières loges, exultent de leur joie féroce. Dansant et chantant autour du calvaire.
Denis fait demi-tour. Rentre chez lui et se met à pleurer.
À pleurer la haine et l’outrance.

Épinac, le 10 octobre 2022

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