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Chapitre I
Vie et mort d’un génie

C’est du maître lui-même que nous tenons des renseignements précieux sur ses origines, sa famille, ses premières années, ses débuts dans la vie et dans l’art.
« Moi, Albrecht Dürer, j’ai appris par les papiers que j’ai trouvés chez mon père, où il est né, comment il est venu à Nuremberg et comment il est mort saintement. — Que Dieu lui soit miséricordieux ! Amen. »
On trouvera la suite de cette Notice d’Albrecht Dürer dans le texte d’ouverture de cet ouvrage. Albrecht Dürer avait quinze ans alors ; contrai- rement à ce que redoutait son père, bien à tort, la patiente éducation qu’il s’était faite par le dessin, loin de le retarder dans son nouvel art, lui donnait une force première considérable. On conserve encore aujourd’hui à Vienne, à l’Albertina, un portrait à la pointe d’argent, plein de vie, de grâce, et de naïveté ; il porte cette inscription écrite par l’artiste lui-même : « J’ai dessiné ceci d’après moi, dans un miroir, en 1484, quand j’étais encore enfant. — Albrecht Dürer. » Il avait en effet treize ans. Il resta trois années auprès de Wohlgemut, peintre célèbre de Nuremberg, qui illustrait la Chronique de Nuremberg et l’Abrégé de la Bible, sortis des presses d’Antoni Koburger, le parrain d’Albrecht Dürer. Auprès de son nouveau maître, le jeune artiste prit le goût des formes dites gothiques, qui restèrent jusqu’à la fin de sa vie comme la signature de son talent ; il y prit aussi le goût de ces belles gravures en bois, pour lesquelles il devait créer tant de dessins magnifiques [...]