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Chapitre I

On croit généralement que le paysan, au Moyen-âge, était attaché à la terre sans possibilité de sortir, d’une façon légale et certaine, de cet esclavage déguisé.
Ceux qui se sont occupés de la condition des personnes à cette époque savent le contraire ; mais ils sont peu nombreux, et il y a intérêt à appeler l’attention sur ce sujet.
Il m’a été donné de rencontrer aux archives de la Côte-d’Or plusieurs docu- ments curieux relatifs à cette question. Sans être absolument rares, les docu- ments de ce genre ne sont pas très communs, et il m’a paru utile de les faire connaître.
L’un est un acte notarié, du 9 février 1445, par lequel Pierre de Beaujeu, seigneur de Montot ; et de Charmes en partie, rencontrant à Charmes un de ses hommes de Montot, l’engage à rentrer dans son village, et le prie de ne pas s’avouer (c’est-à-dire se donner) à un autre seigneur, “Lui offrant de réparer les torts que ses prédécesseurs ou d’autres ont pu avoir envers lui”. Un autre est aussi un acte authentique, du 15 décem- bre 1403, par lequel Etienne et Jean Berthin de Renève déclarent désavouer (c’est-à-dire quitter) Symon d’Angoulevant, leur seigneur, et devenir sujets du duc de Bourgogne, selon la coutume de Dijon ou de Talant ; moyennant quoi, ils paieront chacun un sou tournois de rente ou cens au prévôt de Dijon, ou à tout autre officier du duc qu’on leur désignera.
Un troisième, tiré des protocoles d’Oudot Godard, notaire à Dijon, n’est pas le moins intéressant, bien au contraire. Le 22 septembre 1393, Jehan Joly de Jussey, originaire de Beaujeu, « se fait dès maintenant homme de noble homme [...]