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LE MAITRE EN NOIR

Chapitre I

J’étais allé à un vernissage d’un peintre hollandais, dans une galerie de Lyon. Il y avait là la suite habituelle de l’intelli- gentsia provinciale. La plupart sans intérêts, sans saveurs, la même identité que ceux qu’on peut rencontrer à Paris, Bordeaux, Toulouse ou Pétaouchnok.
Quant à moi je m’étais habillé “courant”, un jean’s rapiécé et légèrement fendu à la base des fesses, un t-shirt blanc plus ou moins moulant, qui faisait ressortir joliment mes tétons provocants, surtout chez un homme de mon âge. J’avais mis sur le dos mon vieux cuir ; un modèle acheté lors de la Gay Pride de 1995, dans une sorte de vide-grenier LGBT. C’était un vieux truc déjà. « Il vient d’Allemagne et il a au moins vingt ans déjà » avait dit la sympathique jeune fille. Mon Maître me l’avait offert alors. Désormais il a vingt-deux ans de plus. C’est un vieux machin que j’aime bien. Avec ça le pélo moyen s’abstient toute remarque. J’avais l’air d’une sorte de mauvais “garçon- sensible”. Ça m’amusait de faire de la provoc’. En plus, ou plutôt en moins… je ne porte jamais de sous vêtements, ni slip, ni chaussettes (les chaussettes, pour dehors en hiver).
Et puis j’ai vu un type, habillé tout en noir, il boitait légèrement et avait de ces yeux pétillants que l’on remarque chez les gens curieux de tout et de rien. Il était légèrement plus petit que moi, mais il portait bien sa taille.
Je faisais semblant de regarder un tableau, je fis exprès de prendre une position de soumission, les mains jointes dans le dos et les jambes écartées assez, mais en restant plus ou moins “normal”.
Il s’approcha de moi et me fit un sourire. Il semblait apprécier à la fois ma tenue et ma position. [...]