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L’héritage du grand-père Blaise

Le père Blaise était le plus riche fermier de la contrée. Outre les champs qu’il cultivait pour d’autres, à moitié ou autrement, il avait, en propre, un bien considérable.
Sa fille avait été élevée dans la meilleure pension de la ville, et son fils venait de sortir du collège avec une charge de prix à faire envie à ses camarades.
Margot, sa ménagère, était une personne fort avenante ; ne se mettant jamais en colère quand il tombait une averse sur le grain coupé.
Les domestiques se plaisaient à la ferme ; pourtant le père Blaise était triste, si triste qu’on craignait qu’il n’en mourût, d’autant plus que son père et son grand-père étaient, eux aussi, morts de tristesse, sans qu’on pût en savoir la cause.
Souvent les deux enfants, Rose et André, en causaient avec leur mère.
« Toi qui passes pour si savant, disait Margot à son fils, tâche donc de guérir ton père de sa tristesse. »
André faisait bien tout ce qu’il pouvait, mais il n’avançait guère.
Il aurait raconté pendant dix ans tous ses meilleurs tours de collège, que Blaise se fut contenté de l’écouter gravement, car il contait bien, mais sans pour cela sourire aucunement.
En désespoir de cause, Rose alla, sans rien dire, trouver la vieille Jeannette.
C’était une paysanne qui avait près de cent ans.
Par conséquent, ayant bien des fois vu naître et mourir pères, enfants et petits enfants ; connaissant l’histoire de chaque famille elle donnait quelquefois d’excellents conseils, ce qui la faisait passer pour très habile.
Rose alla donc consulter Jeannette pour la tristesse de son père. [...]