DIALOGUE ENTRE
UN PRÊTRE ET UN MORIBOND

Marquis de Sade
32 pages - format poche

Œuvre méconnue de l’auteur de Justine et de “La philosophie dans le boudoir”. Sade était un anticlérical forcené. Il livre ici un dialogue acerbe et cynique d’un moribond face à un curé convaincu de sa croyance.
Le prêtre : Arrivé à cet instant fatal, où le voile de l’illusion ne se déchire que pour laisser à l’homme séduit le tableau cruel de ses erreurs et de ses vices, ne vous repentez ; vous point, mon enfant, des désordres multipliés où vous ont emporté la faiblesse et la fragilité humaine ? Le moribond : Oui, mon ami, je me repens. Le prêtre : Eh bien, profitez de ces remords heureux pour obtenir du ciel, dans le court intervalle qui vous reste, l’absolution générale de vos fautes, et songez que ce n’est que par la médiation du très saint sacrement de la pénitence qu’il vous sera possible de l’obtenir de l’éternel. Le moribond : Je ne t’entends pas plus que tu ne m’as compris. Le prêtre : Eh quoi ! Le moribond : Je t’ai dit que je me repentais. Le prêtre : Je l’ai entendu. Le moribond : Oui, mais sans le com- prendre. Le prêtre : Quelle interprétation ?... Le moribond : La voici... Créé par la nature avec des goûts très vifs, avec des passions très fortes ; uniquement placé dans ce monde pour m’y livrer et pour les satisfaire, et ces effets de ma création n’étant que des nécessités relatives aux premières vues de la nature ou, si tu l’aimes mieux, que des dérivaisons essentielles à ses projets sur moi, tous en raison de ses lois, je ne me repens que de n’avoir pas assez reconnu sa toute- puissance, et mes uniques remords ne portent que sur le médiocre usage que j’ai fait des facultés (criminelles selon toi, toutes simples selon moi) qu’elle m’avait données pour la servir ; je lui ai quel- quefois résisté, je m’en repens. Aveuglé par l’absurdité de tes systèmes, j’ai combattu par eux toute la violence des désirs, que j’avais reçus par une inspiration bien plus divine, et je m’en repens, je n’ai moissonné que des fleurs quand je pouvais faire une ample récolte de fruits... Voilà les justes motifs de mes regrets, estime-moi assez pour ne m’en pas supposer d’autres. Le prêtre : Où vous entraînent vos erreurs, où vous conduisent vos sophis- mes ! Vous prêtez à la chose créée toute la puissance du créateur, et ces malheureux penchants vous ont égaré ; vous ne voyez pas qu’ils ne sont que des effets de cette nature corrompue, à laquelle vous attri- buez la toute-puissance. Le moribond : Ami ; il me paraît que ta dialectique est aussi fausse que ton esprit. Je voudrais que tu raisonnasses plus juste, ou que tu ne me laissasses mourir en paix. Qu’entends-tu par créateur, et qu’entends-tu par nature corrompue ? Le prêtre : Le créateur est le maître de l’univers, c’est lui qui a tout fait, tout créé, et qui conserve tout par un simple effet de sa toute-puissance. Le moribond : Voilà un grand homme assurément. Eh bien, dis-moi pourquoi cet homme-là qui est si puissant a pourtant fait selon toi une nature si corrompue. [...]
petit pamphlet anticlérical écrit par le Marquis de Sade
numérologie,ésotérisme
de louvigny,numérologue