DIGRESSIONS
Denis
2 tomes
226 pages - format 10,5x29,7cm

Chroniques quotidiennes au grè des pensées éparses de l’auteur. Sentiments personnels et réflexions sont au menu de ces pages.
dimanche 4 août 2019 MON BEBE D’AMOUR J’vais pas l’cacher plus longtemps, je suis enfin deux... Deux pour construire un futur, deux pour vivre enfin. Car, pour moi, vivre c’est penser et faire pour l’autre. Soi n’a pas d’importance, sinon pour la branlette sociale, cet onanisme participant d’une société individualiste et recroquevillée sur le chacun pour soi avec ce petit vernis hypocrite et bourgeois du “semblant” qui a la même valeur que le “like” réseau-socialesque. Donc, me voilà pourvu de ma “moitié d’orange”, comme l’écrivait si bien Jean-Louis Bory, malgré le désert de l’homo-sexualité ici, en Bourgogne. Je n’y croyais plus guère, étant donné la marchandisation du sentiment et du sexe ; sans oublier non plus les cloportes d’ici et d’ailleurs qui mélangent allégrement homosexualité et pédophilie, qui utilisent l’attirance d’un homme pour un autre homme afin de se faire du pognon. Où même l’hétéro veut avoir son petit frisson en se faisant tailler une pipe ici ou là... dans la discrétion bien sûr, parce que attention, monsieur n’est pas pédé ! Monsieur se dit “bi”. Avant que de vous présenter un autre ouvrage paru chez Denis éditions. Au sujet de ce désert hypocrite de l’homo- sexualité cachée en province, et plus spécifiquement en Bourgogne, voici un petit extrait d’un livre d’Hugo Marsan , qui pour dater déjà de trente six ans n’en décrit pas moins la même situation qu’aujourd’hui. “Aujourd’hui Nevers est triste et gris. [...] À Paris l’homosexualité peut se vivre, à peu près au grand jour, dans la rue. On ne risque pas de rencontrer un voisin ou un ami de ses parents, qui ne doit pas savoir, à chaque coin de rue ; les boîtes sont suffisamment nombreuses pour ne pas retrouver tous les samedis soirs, les mêmes têtes. Ici, ce n’est pas la même chose... J’ai dix-huit ans et je vis chez mes parents. Ceux-ci ne connaissent pas ma vie sexuelle réelle et je n’ose penser à leurs réactions en apprenant que je suis gay (mes parents sont très conservateurs et très stricts sur les mœurs). Ma mère m’a déclaré récemment : “Tous ces pédés, on devrait les jeter en prison !” [...] L’ennuis c’est que Nevers est une ville bourgeoise qui tolère mal les mauvaises mœurs et où le qu’en-dira-t-on est très actif. Il est impossible de se faire un petit bisou ou même de se tenir par la main dans la rue ; il y a obligatoirement quelqu’un qui vous connaît, ou qui connaît la famille, en face de vous. Devant cet état de fait nous sommes obligés de nous cantonner dans les petites rues, les places mal famées où il n’y a pas de personnes bien, pour la bonne raison que ces endroits sont de plus en plus investis par des loubards et autres voyous venus voir et casser du pédé. Ici les homosexuels sont encore des monstres hideux qui font des choses cochonnes entre eux et du mal aux petits enfants, comme les sorciers au Moyen-Age...” Épinac, le 4 août 2019 lundi 5 août 2019 DONNE MOI TA MAIN, ET PRENDS LA MIENNE Hier, pour la première fois de ma vie... et en fait parce qu’avant, avec mes ex je n’ai jamais eu l’occasion de le faire, j’ai pris la main de mon Homme lorsque nous nous sommes promenés... dans mon jardin. Un simple geste de tendresse et de sentiment de plénitude. De deux âmes scindées. Et bien évidemment, LA question qui taraude tous les homos, la réflexion de tous ceux qui ne sont pas dans le schéma que voudrait nous imposer religieuse- ment les nervis de la Manip’ pour tous : “Est-ce que je peux tenir la main de mon âme sœur dans la rue ?” Une question que les hétéros, dans leur ensemble ne se posent évidemment jamais, c’est tellement naturel, tellement humain de se tenir par la mimine... parce qu’on aime, parce qu’on est heureux lorsqu’on est deux. Et voilà quelques tarés congénitaux, résidus d’humanité, qui, dans la certitude qu’ils ont de détenir la sainte vérité ; à l’image de leur grande prêtresse immonde : La Boutin irrespectueuse ; veulent nous obliger de vivre comme eux, dans leur petite vie étriquée, mesquine et fermée. Alors voilà... je me pose encore cette question, et je n’ai pas encore résolu le dilemme : lui prendrais-je la main dans la rue ? Épinac, le 5 août 2019 mardi 6 août 2019 LA LESBIENNE EST DANS L’ESCALIER OU “DE LA BEAUFITUDE” Les réactions des hétéros sont quelques fois... surprenantes à tout le moins. Ainsi, hier, il était 17h40 ; soit vingt minutes avant la fermeture. Un coup de téléphone. — Denis éditions bonjour. — Bonjour, est-ce qu’on peut venir prendre un verre ? — Euh, dans l’absolu oui, mais attention, je ferme dans vingt minutes. Et je précise que je n’ai pas d’alcool. En effet, l’expression “prendre un verre”, l’expérience aidant, signifie toujours : “un verre de vin, ou une pression”. C’est une habitude langagière. — Ah ? Et vous avez quoi alors ? — De la bière sans alcool, de la limonade artisanale, des jus de fruits, du café, du thé, etc. Vous habitez où ? — À Autun. — Houlaaaa, le temps que vous veniez, je serais fermé. — Vous avez du passage chez vous ? — Oui, autant que possible. — Et c’est surtout des gays ? — Non, mon établissement est “hétéro-friendly”. — Ma femme est lesbienne. — ...(silence gêné)... euh, oui... mais vous savez, le Centre n’est pas un lieu de consommation sexuelle, ni de rencontre. C’est un Centre d’informations et de culture. — Ah. — Oui. — Bon, je viendrais prendre un verre une autre fois alors. — Oui c’est ça, quand vous voulez. J’imagine le mec, est-ce qu’il a vraiment cru que je le prenais au sérieux ? Sa femme étant lesbienne... alors il l’était aussi ? Humour ! Je l’imagine, le beauf... “ma femme est lesbienne et j’aimerai bien la voir faire des cochonneries... et puis j’arrive après, mon gros pénis en bandoulière pour les sauver.” Tel le Tarzan vainqueur de l’inversion. Triste... très triste. Les hétéros sont quelques fois déroutant. Ainsi la réaction du maire d’Épinac, qui apprenant de ma bouche, en mai 2018, que j’allais ouvrir un Centre LGBT+, s’était ému, pensant que j’allais ouvrir un “lupanar à invertiEs”. Les hétéros, pour paraphraser Richelieu : “Ces animaux sont étranges”. Épinac, le 6 août 2019 [...]
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