HISTOIRE
DE LA SORCELLERIE
AU COMTE DE BOURGOGNE

Aristide Déy
illustré par divers dessins

2 tomes
334 pages - format poche

La sorcellerie a de tout temps fascinée les hommes ou fait peur à la populace. Autrefois, moyen de pression pour maintenir le peuple dans la peur, par l’étrange et la superstition. C’est ici un récit d’histoires édifiantes et de procès en folie, au temps de l’inquisition. Le fait que ce livre se situe précisément au Comté de Bourgogne pourra piquer votre curiosité.

INTRODUCTION Ce n’est point une œuvre philosophique que nous nous sommes proposé d’écrire, mais un simple chapitre de l’histoire du comté de Bourgogne. Si ce chapitre répand un nouveau jour sur une des plus grandes aberrations de l’esprit humain, s’il contient même quelques enseignements philosophiques, nous ne nous en défendrons pas. Mais si, confondant les temps, un lecteur mala- visé prenait prétexte de nos recherches pour rendre responsable notre époque des erreurs d’un autre âge, nous lui laisserions la responsabilité d’un ana- chronisme dont nous sommes innocent. Vesoul, le 1er juillet 1861. Chapitre I Ce qu’on a cru des sorciers Dans tous les temps il y a eu des hommes qui, pour exploiter la crédulité de leurs semblables, ont persuadé qu’ils étaient en communication avec des puissances surnaturelles, et se sont attribué le privilège de prédire l’avenir, de guérir les maladies, de découvrir les trésors, au moyen de conjurations et de pratiques bizarres. Ces sorciers-là ne sont pas de notre sujet. Les sorciers que nous réclamons étaient des hommes et surtout des femmes qui se donnaient à Satan, assistaient aux sabbats ou assemblées des sorciers et des démons, et secondés par le génie du mal, faisaient, pour nuire, des actes impos- sibles à la puissance humaine. Ainsi, se donner au diable corps et âme, assister au sabbat, et user de maléfices surnaturels, depuis la simple maladie d’un animal domestique jusqu’à la mort d’un père de famille, tels sont les caractères principaux, constitutifs de la sorcellerie. En ce temps-là le diable courait les grandes routes, errait par monts et par vaux, aux bords des rivières ou dans la profondeur des bois, cherchant partout quelque faible créature humaine à séduire et à s’attacher dès ce monde, pour peupler plus sûrement le royaume infernal. Dans ce but, Satan revêtait les formes les plus diverses. Tantôt c’était un homme de grande taille, tantôt un bouc, un chien, un mouton, un chat, mais toujours de couleur noire, et ce pour deux raisons principales, dit Boguet : « la première, afin que luy, qui est pere et recteur des tenebres, ne se puisse si bien desguiser qu’il ne se donne tousjours à conoistre pour tel qu’il est ; l’autre pour desmontrer qu’il ne s’estudie qu’à mal, estant le malheur signifié par le noir, comme disoit Pythagoras. » Satan poussait même la hardiesse du travestissement jusqu’à se transformer en ange de lumière. Ainsi déguisé, suivant le besoin, le temps et l’occasion, il mettait en jeu tous ses artifices : aux malheureux il promettait des biens et des richesses ; aux haineux, une facile vengeance ; aux ambitieux, des grades et des honneurs ; aux voluptueux, des plaisirs sans fin. Le tenté cédait-il, Satan l’enlaçait dans ses bras et en prenait possession, devenant incube avec les femmes et succube avec les hommes. Il exigeait ensuite que son nouveau sujet renonçât à Dieu et au baptême, et « attendu que le diable, qui est caut et fin, et qui n’ignore rien de ce qui est de la jurisprudence ny des subtilitez de practicque, leur fait réitérer ceste renonciation deux et trois fois, et voire qu’il leur fait dire qu’ils y renoncent de bon cœur. » Voici comment Claudine Richardey, veuve d’Antoine Perrin, poursuivie devant la justice du chapitre de Calmoutier, a rendu compte, le 4 septembre 1629, des circonstances de sa séduction : « Quelques années apres la guerre de Tremblecourt , plusieurs compaignies courrant par ce pays, longeant ordinairement audit Calmostier, elle fut contraincte de s’en aller à Vesoul pour y achepter des vivres pour lesdits soldats. Estant à l’endroit de Dampvalley, elle rancontra ung gros chien noir qui l’aresta, et parlant à elle d’une voix humaine, luy dit si elle se vouloit donner à lui qu’il luy bailleroit de l’argent, ce qu’il feit et luy donna une grosse poingné que luy sembla estre de l’argent, mais ce n’estoient que feulles, comme elle recogneu par apres ; en suitte de quoy elle se donna à luy, et à son importunité, renonça Dieu, et despuis a esté une infinité de fois au sabat. « Le diable qui l’a séduicte se nommoit Piercy, ainsi qu’il luy dit lorsqu’elle le rencontra la première fois revenant de Vesoul, estant en forme de chien, laquelle forme il changea en forme d’homme, la meit par terre..., puis luy donna une bouette de gresse noire et luy dit qu’il s’en falloil frotter le corps, ce qu’elle feit depuis. » Satan, comme on vient de le voir, donnait enfin au [...]

Livre sur la sorcellerie en Bourgogne