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Joseph-William Turner est né le 23 avril 1775, à Londres, dans le quartier de Covent Garden, où son père tenait échoppe de barbier-coiffeur. L’harmonie ne semble pas avoir régné dans le ménage de ses parents et l’aisance y fut certainement inconnue. La famille, l’inti- mité, le “home” ne purent, dans ces conditions, être bien agréables à l’enfant, qui se montra de bonne heure taciturne, solitaire et un peu sauvage. Les biographes constatent que Turner, malgré ses nombreux admirateurs et la vente facile de ses œuvres, ne fut jamais vraiment populaire en Angleterre, où le grand succès va toujours de préférence à la peinture de sentiment, de grâce et de familiarité. Ils inclinent à attribuer à sa jeunesse sans douceurs de l’avoir détourné de comprendre et de pratiquer un art favorisé qui menait de son temps, comme aujourd’hui, aux honneurs, à la richesse et à l’engouement de la société “fashionable”. Il suffit pourtant d’un regard sur sa vie, son caractère et ses travaux pour se convaincre que la chaleur du foyer paternel n’aurait pu créer en lui un génie tendre. Entre Lawrence, son aîné, et Wilkie, de dix ans plus jeune que lui, s’il n’eut jamais la vogue du premier, gracieux mais superficiel, ni du second, familier mais un peu romance, c’est qu’il avait moins de facilité mais plus d’ardeur et de curiosité que l’un et que l’autre. Seulement préoccupé de peinture, sa faculté d’assimilation le portait à subir l’influence des œuvres d’art. N’ayant pas l’esprit à plaire, très confiant en lui- même, plutôt d’un naturel bourru qu’aimable, il se trouvait, par contre, que le monde, la mode et l’opinion n’en avaient aucune sur lui. [...]