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La révolution sociale qui vient de suc- comber à Paris ne manque pas d’antécé- dents historiques dans le passé ; car ce n’est pas de nos jours seulement que des exploités se sont soulevés contre les exploiteurs et que des opprimés ont frappé les oppresseurs des tronçons de leurs chaînes brisées.
Cette lutte de l’affamé contre le spoliateur, cette revendication éternelle de la justice contre l’inique privilège, a été pourtant l’événement que les écri- vains et les orateurs de tous les temps, tous sortis des classes privilégiées, ont le plus flétri. Quelles idées de réprobation rappellent la révolte des esclaves de Rome et de la Grèce, celles de ces plébéiens romains qui suivirent les Gracques et Catilina, et encore celles des Mercenaires de Carthage, des Bagaudes gaulois, des Pastoureaux, des Jacques en France, des Ciompi de Florence, des Chaperons blancs des Flandres, des paysans russes de Stenka Razin, des Anabaptistes en Allemagne, etc., etc... ! Toujours, après avoir impitoyablement exterminé ces combattants de la souffrance, après avoir inventé pour eux d’atroces supplices, on les a voués à l’exécration des générations.
Jusqu’ici ce système invariablement employé par les hommes d’ordre de tous les temps, a toujours réussi, les riches seuls pouvant écrire et sachant seuls parler, et les morts ne revenant jamais pour protester contre l’infamie de leurs bourreaux. C’est pourquoi l’histoire est à refaire, au nom des sacrifiés, des spoliés, des asservis, des calomniés, des martyrs de tous les âges.
Sans tenir compte de la différence de situation, les hommes d’ordre de ce siècle ont voulu revenir aux errements de leurs devanciers. Après avoir, comme eux, massacré en masse ceux qui se sont levés au nom de la justice, ils les ont montrés à l’opinion publique chargés de tant de calomnies, que l’opinion publique les a maudits. [...]