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Chapitre I
De l’amour de la domination

Un bon prince est le plus noble des ouvrages du créateur, le plus propre à honorer la nature humaine, et à représenter la divine, mais pour un bon prince, combien de monstres sur la terre ! Presque tous sont ignorants, fastueux, superbes, adonnés à l’oisiveté et aux plaisirs. La plus part sont fainéants, lâches, brutaux, arrogants, incapables d’aucune action louable, d’aucun sentiment d’honneur. Quelques-uns ont de l’activité, des connaissances, des talents, du génie, de la bravoure, de la générosité : mais la justice, cette première vertu des rois, leur manque absolument. Enfin, parmi ceux qui sont nés avec les dispositions les plus heureuses, et chez qui ces dispositions ont été le mieux cultivées, à peine en est-il un seul qui ne soit jaloux d’étendre son empire, et de commander en maître ; un seul qui pour être despote ne soit prêt à devenir tyran.
L’amour de la domination est naturel au cœur humain, et dans quelque état qu’on le prenne, toujours il aspire à primer, tel est le principe des abus que les dépositaires de l’autorité font de leur puissance ; telle est la source de l’esclavage parmi les hommes.
Commençons par jeter un coup d’œil sur l’aptitude plus ou moins grande des peuples à conserver leur liberté : nous examinerons ensuite les moyens mis en jeu pour la détruire.

Chapitre II
De l’étendue de l’État

C’est à la violence que les états doivent leur origine ; presque toujours quelque heureux brigand en est le fondateur, et presque partout les lois ne furent, dans leur principe, que des règlements de police, propres à maintenir à chacun la tranquille jouissance de ses rapines. [...]