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[...] D’un seul coup meurtrier, elle assomma Lilliput qui sitôt se tassa. La mère pouvait se vanter d’avoir encore raccourci sa fille : la tête dans les épaules, Lilliput n’avait plus de cou, même son menton qui avait disparu. Et l’épi rebelle du sommet de son crâne pointait tout droit, comme la crête d’un coq.
— Voilà ! conclut Félicie.
Et devant un Félix anéanti elle alla décrocher un petit miroir fendu qu’on avait toujours vu tel au-dessus du calendrier des Postes qui lui changeait chaque année. Accroupie devant sa victime, elle lui maintenait sous le nez.
— Elle est morte, déclara-t-elle au bout de quelques minutes qui parurent des siècles. Maintenant, aide-moi.
Tel un automate, Félix prit Lilliput aux épaules. Félicie la saisit par les chevilles et ils la transportèrent dans sa chambre, sur le lit recouvert au préalable d’un drap blanc. Préméditée leur affaire. Circon- stances atténuantes, peut-être. Tout de même ça pourrait leur coûter cher.
Mais pas de temps à perdre pour Félicie qui se met activement en devoir d’en- sevelir Lilliput. Car c’est une femme de devoir, Félicie, et très minutieuse.
Tout en manipulant le drap, il lui revenait des gestes oubliés. Quand Liliane était bébé on emmaillotait encore les nourris- sons. Elle avait soudain dans les doigts la raideur du lange et la douceur molle de la couche. Plutôt qu’une pelote de ficelle c’est une boîte d’épingles à nourrice qu’elle aurait dû prévoir. Elle sentait monter une boule au fond de sa gorge. Des sanglots ? [...]