Partager

I

Nu

Mettre à nu. Mises à nu. Nu est l’un des plus petits mots de la langue française. Deux lettres qui forment un si petit mot. Il n’est pas le seul à se composer de deux lettres. Il est accompagné de « if », de « or » ou bien de « ru ». Mais nu a la particularité de son u final. Prononcer « if », « ru » ou « or », ça claque entre les lèvres. « If » nécessite de mettre les lèvres à l’horizontale, « or » d’aller chercher l’air au fond de la gorge. Par contre, nu est fascinant : « elle est allongée nue sur son lit » ou bien « il est entré dans la pièce entièrement nu », ici u impose que la bouche s’arrondisse, que les lèvres forment un rond parfait et que l’air glisse ainsi par le petit trou, aussi se pro- longe-t-il indéfiniment et « nu » devient un « nuuuuuuuuu » allongé, languissant. C’est sensuel, ça peut être excessivement érotique, le u de nu frappe fort. Mais attention, nu de va-nu-pieds n’a pas cette même sensualité ; nu, ici, est bref comme un coup de règle. Nu n’est porteur de ce message sensuel que lorsque la finale s’allonge indéfiniment.
« Nu » m’a depuis des années accom- pagné dans mon existence. Je ne sais plus à partir de quand, mais ma mémoire a enregistré des événements qui probable- ment dès l’enfance ont imprimé « nu » de manière indélébile quelque part dans mon cerveau.
Vivre nu est impossible chez nous, à cause du climat déjà, mais aussi des contraintes sociales. Cela n’empêche pas d’aimer être nu et de tenter de l’être autant que faire se peut. Lorsque j’ai quitté la famille après mon bac pour suivre mes études, je me suis retrouvé à devoir gérer mon existence tout seul. [...]