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MADAME PASSANT

Le cœur transpercé d’une épine
Elle déambule quand tombe la nuit
La soixantaine imperceptible
Malgré ses quelques cheveux gris
Le maquillage cache le reste
Tant que des larmes ne coulent pas
Toujours vêtue d’une vieille veste
Car de manteau elle n’a pas

Madame Passant
Semble tranquille
Elle est assise sur un banc
Personne parmi
Ceux de la ville
Ne lui demande vers où, pour elle,
Souffle le vent

Son corps supporte la vieillesse
Mais côté cœur, c’est plutôt lourd
Souvenirs d’amours de jeunesse
Qui tourbillonnent et cachent le jour
Ses nuits blanches et ses aubes maus- sades
Elle les noie parfois dans le blanc
Au comptoir du Café du Stade
Que jadis tenait son amant

Madame Passant
Semble tranquille
Elle est revenue sur son banc
Personne parmi
Ceux de la ville
Ne lui demande vers où, pour elle,
Souffle le vent

Ses enfants, c’est comme ses hommes
Elle n’a jamais pu les garder
À peine devenus de grandes personnes
Ils l’ont tous laissée tomber
La pauvreté, on s’habitue
La solitude est plus cruelle
Quand sur un lit, malade, perdue,
Elle vous montre le fond du tunnel
[...]