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Vous voulez donc, mon cher ami, que je vous fasse mon odyssée, et détaille mes aventures dans les courses de mes dernières vacances. Je ne puis rien refuser à l’amitié tendre qui nous lie depuis quarante ans : elle vous fera lire avec quelque intérêt le récit simple de mes voyages.
Ayant fermé le temple des muses le 28 août 1776, libre de tout embarras classique, je pris trois jours pour me reposer, ou plutôt pour finir mes cahiers sur Beaune destinés à l’imprimeur, et à parcourir les deux premiers volumes du Supplément à l’Encyclopédie, que je reçus de Paris dans cet intervalle. C’était un présent de l’éditeur, M. Robinet, auquel j’avais envoyé 1,200 articles de géographie en 1773 et 1774.
Mon paquet prêt, je partis de Dijon à quatre heures du matin, par la Turgotine pour Auxonne. La pluie m’y retint trois jours que j’employai à vérifier mon article de cette ville, fait deux fois. Je le lus au maire Claude Mol , le septième de son nom depuis 1332 ; il fut si satisfait de la manière dont je célébrais sa patrie qu’il m’ouvrit l’inventaire des titres où je trouvai encore à glaner quelques épics . Mais c’est surtout dans le cabinet du R. P. Joseph-Marie (Dunand, de Besançon), gardien des capucins, savant laborieux, que je fis une assez bonne récolte.
Il me permit gracieusement de fouiller dans ses vingt volumes manuscrits, mais qui concernent presque tous la Franche- Comté. Comme au milieu de cette abondance il se croit pauvre, il compile toujours et ne pense pas encore à rien publier. J’ai vu de lui une dissertation pleine d’érudition, lue à l’Académie de Besançon, sur le nom de Chrysopolis donné à cette ville, et qui mériterait l’impression. [...]