Gazette n°199
lundi 7 juin 2021
sponsorisée par la Lune
LA PLAINTE

Il y a un animal qui “hante” les écrits, et cet animal c’est le chat. Parmi ces écrits, il y a un texte qui évoque l’indépendance viscérale de cette belle créature, qui la narre poétiquement en un mythe félin. Ce texte a été écrit par Rudyard Kipling, et c’est “Le chat qui s’en va tout seul”.
Et justement, il m’est arrivé une histoire très spéciale l’autre nuit. Je dormais du sommeil du juste, lorsque je fus réveillé par un bruit.
Un grattement.
Ma chambre était dans le noir, et plongée dans la pénombre, je ne distinguais rien. J’étais parfaitement silencieux, me retenant même de respirer.
J’écoutais.
Soudainement, alors que la Lune devait être cachée par un quelconque nuage, elle se découvrit. Je vis alors projetée sur le mur en face de moi, l’ombre surnaturelle d’un animal sur mon balcon, je regardai.
Pétrifié.
J’avais beau me dire que c’était à tous les coups, certainement, le chat de mon voisin : Raminagrobis, dont je voyais l’ombre de la queue se balancer, en proie à une certaine agitation.
Il s’assit.
Je me levai dans le plus grand silence, découvrant ma couette et mettant les pieds au sol. Je me retournai vers la fenêtre. Je commençais à m’habituer à l’obscurité.
Je voyais.
Le chat était là, assis sur la rambarde du balcon. Il faisait face à la Lune. Sa queue ne bougeait plus, il était statique, comme hypnotisé par l’astre.
J’entendis.
Une plainte, comme un poème inaudible fait de grincements doux, une psalmodie féline dans laquelle je crus reconnaître :
« — Je t’aime. »

Épinac, le 7 juin 2021

Partager