Gazette n°236
mercredi 1er septembre 2021
sponsorisée par l’insulte
L’EXÉCRABLE PATRONYME

“Le roman du renard” est un livre dont la source remonte à la fin du douzième siècle. Ce sont à l’origine des récits animaliers écrits par plusieurs auteurs, dont certains ont pu être identifiés, comme Pierre de Saint-Cloud et Richard de Lison.
Renard (ou renart) serait une moquerie envers un avocat de Paris qui s’appelait Reinhard[1] (ou Reinhart).
— Ça me rappelle Bernard Tapie.
— Ah ?
— Oui, lors de son audition face à une commission d’enquête parlementaire, au sujet de ses turpitudes, le sieur s’était plaint que son nom fusse devenu « une injure publique [...] c’est comme si je m’appelais enfoiré, pourri, ordure. »[2]
— Il faut dire qu’il l’a peut-être bien cherché, car depuis ses débuts de vendeur, on peut pas dire qu’il est d’une honnêteté exemplaire.
— Et Quisling ? Tu connais ?
— Nan.
— Vidkun Quisling, le principal artisan de la collaboration avec l’occupant nazi en Norvège. Son nom est devenu une insulte synonyme de “traître”.
— Et tu veux en venir où ?
— Ben voilà... je me posais la question sur le devenir du patronyme de “Zemmour”.
***
22 septembre 2530
Paris XXXVe
École primaire Pierre Desproges
— Alors Toto, as-tu appris la fable comme je l’avais demandé ?
— Oh oui maîtresse.
Le petit Toto est un garçon de 7 ans, plutôt éveillé et très curieux de tout.
— Alors vient sur l’estrade pour la réciter face à classe.
Il se lève, et une fois en place, commence :

Zemmour et Gnan-Gnan,
L’un écrivain, l’autre brailleur,
Essayaient en politique d’être gagnant,
Sur les peurs en pourvoyeurs.
Le premier moquant l’autre,
L’étranger, le différent,
De l’exclusion se faisant l’apôtre,
Chantre et maître intolérant.
Le second, bien qu’idiot,
Vilipendait ce qu’il lui déplaisait :
Homo, migrants, altermondiaux,
Du rejet il était le creuset
Zemmour de son nom
On a fait un synonyme :
De “haine”, s’en est le chaînon.
Gnan-Gnan, tombant anonyme.

— C’est bien !
— Maîtresse ?
— Oui Toto ?
— C’est pas beau alors un Zemmour ?
— Ah ça non, c’est même assez dégueulasse faut dire.

Épinac, le 1er septembre 2021

1- En effet, selon les sources étymologiste, il s’agirait d’un “Reinhard” (?)... en tout cas d’un avocat de Paris d’origine germanique dont le premier auteur, Pierre de Saint-Cloud, se serait inspiré pour le personnage central : un goupil. De fil en aiguille, Renart ou Renar a remplacé Goupil et le “t” a disparu au profit du “d”, les siècles faisant leur office.
2- Début septembre 2008.

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