Gazette n°240 - vendredi 10 septembre 2021
sponsorisée par les rapports humain-canin
HIMMLER

“Les chiens de garde” est un livre dans le genre essai politique. Mais outre son sujet, qu’est-ce qu’un “chien de garde” ?... en vrai.
Prenons l’exemple de “Himmler”, le chien de Raoul Tarin, le voisin de Marcel.
Himmler est le délicieux croisement entre une Bulldog Anglaise, Miss-Maggie, et d’un Doberman, Debeliou. Il a cinq ans et tient plutôt de sa mère.
Voici la journée type d’Himmler :
Réveil du Maître à 6h45, Himmler apporte les pantoufles... ou ce qu’il en reste.
— Putaing Himmler ! Regarde ça ! Mes charentaises... toute becquetées. Meeeerde.
Et joignant le geste à la parole, Raoul file un grand coup de pied dans le ventre du clebs.
— Kaïïïï
Ce dernier, passant par la caninière[1], va vomir la semelle dans le jardin.
Il se rappelle alors le tuyau en PVC qu’il a enterré la veille sous le jeune ginkgo, dans le coin nord est du jardin.
“Chouette, mon os” pense-t-il en sortant la chose de terre. Et il joue avec pendant que son Maître prend son petit déjeuner.
— Booooordel Himmler ! Le tuyau que j’avais commandé pour le chiotte... putaing de meeeeeerde.
Son doux Maître arrive pour récupérer l’objet.
“Ah chouette... papa veut jouer avec moi”. Et voilà Himmler en train de tourner autour de “papa” avec le bout de PVC dans la gueule.
La pompe de Raoul manque la mâchoire du chien à quelques millimètres... mais fort heureusement pour ce dernier, il lâche son “os”... car des gamins passent devant la clôture sur le chemin de l’école.
Sautillant sur ses quatre pattes en même temps, comme un jouet mécanique :
— Ouaf Ouarrf Grouarf !
Les mômes, habitués qu’ils sont, passent tranquillement en riant.
8h30, son Maître est déjà dans sa voiture pour aller au travail.
— Chiassure de crotte ! Himmler casse-toi d’là... sinon j’t’écrase.
“Comme j’aime la voix de mon papa, il aboie super bien” pense le toutou.
Et le voilà livré à lui-même pour une longue journée. Entre croquettes, pipis territoriaux, siestes rêveuses et vocalises bruyantes.
Vers 10h, le facteur s’approche avec de très grandes précautions. Il jette d’un coup rapide le courrier dans la boîte. Il est jamais rassuré Marius... on sait jamais.
Himmler l’attendait celui-là, comme tous les jours. Il se précipite sur la clôture :
— Grouarf Arghf Ouarf Ouarf !
“Il m’énerve ce mec, il donne toujours à bouffer à la boîte et jamais à moi !” cogite-t-il.
Vers 15h, c’est Léonce qui passe avec son chien[2].
Mais ce dernier n’aboie pas, ce n’est pas son genre, il se contente de faire un pissou sur le muret de la clôture.
— Groooarf Grrrrooof Ouaaarf !
“Woooo puté le con, y m’cherche !” se fâche le chien de garde.
— Stal’ fout-lui la paix à ce con d’Himmler, sermonne Léonce.
Enfin, la journée se finit, Raoul revient.
Il donne un coup de pompe dans le cul d’Himmler :
— Kaïïï !
— Ça c’est pour le tuyau de c’matin, sale con.
Et voilà, comme tous les soirs, Himmler, après avoir pris quelques croquettes et bu sa ration, retourne dans son panier et laisse son Maître devant le machin qui fait du bruit et où il y a plein de marionnettes dedans.
“Encore une bonne journée” rêvasse-t-il.

Épinac, le 10 septembre 2021

1- Passage pour chien dans une porte.
2- “Staline”, aussi issu d’un croisement, mais lui d’une Basset-Hound, Anny et d’un Teckel, Rocky.

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