Gazette n°249
vendredi 1er octobre 2021
sponsorisée par l’anticonformisme
IEL

“La soumission” est une pseudobiographie, un ouvrage uniquement pour adultes consentants. Mais la plupart des gens ont un sourire condescendant ou alors carrément un rictus d’horreur qui les fait immanquablement ressembler à une vieille rombière, lorsqu’on aborde ce sujet... cette forme de “sacerdoce”[1].
Car il s’agit bien d’un sacerdoce et non pas d’une forme psychopathologique imbécile de jeu pornographique comme les idiots voudraient le réduire.
J’étais dans ma librairie l’autre jour, et je m’apprêtais à fermer boutique... c’était l’heure.
Une voiture s’est arrêtée devant chez moi. Un mec en est sorti. Tout habillé de cuir, de la casquette aux bottes luisantes.
— Alors c’est toi la salope soumise ? s’est-il adressé à moi.
Je l’ai regardé comme si je m’attendais à voir arriver l’indien, l’agent de police, l’ouvrier du bâtiment et le cow-boy pour qu’ils me chantent “YMCA”.
Une caricature de dominateur.
C’est là qu’il m’a regardé : moi en tunique noire échancrée sous un pull noir à grosses mailles, en jupe longue et fendue avec mes sandales aux pieds nus.
— Vous désirez monsieur ? lui demandai-je poliment.
— J’ai vu ton annonce sur “chunmec.com”[2] et je t’ai reconnu. Je t’avais vu au Keller, attaché sur la croix en train de te faire fouetter. Alors j’ai fait le rapprochement après cet article dans le Journal de Saône et Pinard[3] où on voyait ta gueule. Mais là ! C’est quoi cette tenue ?
Je commençais à comprendre : non pas que l’homme fut désagréable à regarder ou même à imaginer dans un rôle dont il maîtrise les codes... mais uniquement les codes. Mais il se méprenait sur ce qu’est un “soumis”... en tout cas à mon sens.
— Je suis désolé que ma tenue ne vous satisfasse pas, mais je ne considère pas ça comme essentiel dans l’abnégation d’une relation de ce type.
Le mec m’a regardé comme un curé devant une Sœur[4].
— Ben là tu m’la coupes !
— C’est certainement dommage, répondis-je effrontément.
Le mec a souri en se détendant, devenant moins arrogant.
— Tu m’offres un café ?
Là c’est moi qui ai souri, après tout il semblait plutôt sympa, et depuis ma rupture j’avais besoin sans doute de l’espoir d’une autre histoire.
— Venez à l’intérieur... il y fera plus chaud, dis-je en insistant insidieusement sur le dernier mot avec un sourire complice.
Je finis de tout fermer. Il s’était installé dans l’un de mes fauteuils crapaud et il me regardait en souriant, les cuisses bien écartées dans un manspreading[5] suggestif.
Je préparai le café et moi je me servais un jus de tomate épicé.
Quand je suis arrivé à côté de lui pour servir... son café ; il a mis sa main sous ma jupe et m’a caressé les fesses très doucement, beaucoup plus tendrement que je me l’imaginai. Son doigt voulait s’immiscer dans la fente de mes rondeurs.
— Tu es doux, dis-moi.
— J’aime bien être douce et accessible, monsieur, répondis-je gentiment tout en posant la tasse sur la table basse devant lui.
— Tu parles de toi au féminin ?
— Ça m’arrive... et pourquoi pas ? Je passe de l’un à l’autre comme ça me chante. Pourquoi devrais-je adopter une seule tenue, un seul pronom, une seule attitude présupposée à mon sexe de naissance ? Est-ce que ce n’est pas plutôt ce que l’on est qui doit primer sur ce que l’on donne à voir ?
Le mec buvait son café par petites lampées et ses yeux étaient fixés sur moi. N’eût été son accoutrement “commercial”[6], on aurait dit une vieille dame dégustant son thé. Ça me fit sourire encore plus, et je me laissai aller à me mettre à genoux devant lui, posant mon verre sur le côté de la table basse.
Il me caressa la joue.
Penchant la tête, je coinçais sa paume entre ma joue et mon épaule. J’étais juste bien.
— T’es vraiment spécial toi ! me dit-il.
— Je sais, mais pas plus qu’un être humain.
Il me sourit très tendrement.
S’apercevant que c’était devenu inutile avec moi et de trop, il referma ses cuisses ostensiblement et il me demanda :
— Dis-moi ma belle, on va dîner ?

Épinac, le 1er octobre 2021

1- Fonction qui présente un caractère particulièrement respectable en raison du dévouement à l'égard d'autrui qu'elle exige. (Larousse)
2- Malheureusement le site n’existe plus... mais a-t-il vraiment déjà existé ?
3- Le nom du quotidien régional a été modifié pour plus de discrétion.
4- Les Sœurs de la perpétuelle indulgence, militant.e.s LGBTQIAP+ qui ont pour objectif la lutte contre l’homophobie, la prévention du SIDA, la promotion de la paix et de la “joie universelle”. Elles utilisent l’image et “l’habit” des religieuses catholiques de façon festive et théâtralisée, elles ne sont pas un ordre religieux mais elles en reprennent le langage et les codes.
5- S’asseoir en écartant les cuisses pour bien montrer son “paquet” et sa virilité. (cf l’imbécile Vladimir Poutine)
6- L’imagerie publicitaire et même cinématographique voudrait réduire les DS (Dominateurs et Soumis) à s’habiller ou se comporter d’une seule manière correspondant à un état, comme un curé, un.e militaire, un.e infirmier.ère, etc. (cf le film très con à mon sens : “Cruising”).

Partager