Gazette n°251
mercredi 6 octobre 2021
sponsorisée par les contributeurs innocents
ON ACHÈVE BIEN LES PERCEPTEURS

Dans “Meurtres sous pression”, l’auteure narre un meurtre avec un Karcher. C’est assez original pour tout dire.
Et si l’on avait utilisé une tondeuse à gazon plutôt ?
— Karl Chéri ?
— Oui Sean ?
— J’attends le percepteur tout à l’heure, tu pourras lui dire de me rejoindre dans le jardin ?
— Bien sûr mon cœur, bien sûr.
Karl est un artisan sabotier qui travaille à l’ancienne, comme ses ancêtres normands, il a épousé en juillet dernier l’un de ses clients qui était de passage, et qui fut enthousiasmé par la boutique :
“Chez Karl, café-saboterie[1]”.
Sean, quant à lui est un artiste peintre non conformiste puisqu’il peint avec... son sexe !
...Mais c’est une autre histoire, et l’amour arrive quelquefois sans crier gare... Bref.
...Une heure un quart plus tard :
— Monsieur Hachedeuzo ?
L’homme qui vient d’entrer dans la petite boutique à peine éclairée où trônent des collections entières de sabots de toutes sortes à côté d’un meuble faisant office de bar poussiéreux ; cet homme-là est habillé dans un style très administratif : costume anthracite relevé du petit bouton rouge de la Légion d’honneur sur le revers gauche, cravate bleue France, lunettes homologuées sécurité sociale et chaussures noires luisantes.
— Non, je suis son mari, mais il vous attend dans le jardin, dit Sean qui était en train de peindre l’une de ses œuvres.
— Ah ! Fort bien, fort bien, je m’y rends de ce pas.
Sean regarde le quidam comme on regarde un corbillard passer dans la rue... pour peu que Sean se signe, il n’y a pas loin.
L’homme ouvre la porte qui donne sur le jardin et fait un grand signe.
— Ah ! Monsieur Hachedeuzo, je suis fort aise de vous encontrer enfin.
Karl a sorti la grosse tondeuse à gazon. Il sourit à l’homme de l’administration des contributions obligatoires :
— Je vois que vous êtes à l’heure.
— Toujours, l’administration des deniers de l’État n’attend pas.
— J’entends bien.
— Alors ? Pouvons-nous étudier d’emblée la question qui nous préoccupe ?
— Certes, certes. Mais j’aurais aimé que vous fussiez, de prime abord, être comme qui dirait mon “candide”.[2]
— Ah mais j’en serai fort aise voyez-vous. Dites !
— Voilà, allongez-vous ici, dans l’herbe, et regardez bien le saule pleureur que vous vîtes, j’en suis persuadé, là ici.
— Ah ! Mais oui, mais oui, que voilà bel arbre de saule ! J’en suis tout ébaubi.
L’homme retira sa veste de costume, la plia fort bien et la déposa sur la table de jardin.
Il s’allongea.
Il questionna :
— Et donc ?
Karl, qui durant ce temps ne l’avait pas perdu, avait mis en marche la machine et avança vers la tête de l’homme.
— J’arrive, j’arrive, n’ayez crainte, dit-il faus-sement[3].
Et la machine qui dans son usage courant servait principalement à réduire la taille des herbes du jardin, se vit usager pour occire à tout jamais[4] le représentant des contributions non volontaires mais si utiles à la communauté nationale.
Le crâne de l’homme fut scalpé en premier et l’encéphale réparti un peu partout sur la pelouse.
C’est lorsque la machine passa sur le corps que les choses devinrent comme une fête foraine : le sang gicla en de longs jets rubiconds, des morceaux de chair s’éparpillè- rent sur l’herbe verte comme de petits confettis sanguinolents, les os craquant sous la lame effilée de la tondeuse jouaient une musique délicieusement et gracieusement macabre.
Une fois la tonte effectuée, il ne restait plus qu’à Karl de téléphoner à l’Hôtel des impôts du département.
— Allô ?
— Oui, bonjour monsieur.
— Bonjour mademoiselle... dites ! J’avais rendez-vous avec monsieur Ducon[5]... et il n’est pas venu !
— Ah ? Voulez-vous un autre rendez-vous ?
— Bien sûr... disons d’ici quinze jours ? Le temps que je fasse réviser ma tondeuse.

Épinac, le 6 octobre 2021

1- Le boucher a sa boucherie, le boulanger sa boulan-gerie... le sabotier sa saboterie. Si ça vous intéresse : 12 avenue du maréchal Sussmaipreux à Gloriole-la-baveuse (Elle et vilain)
2- On notera ici le dialogue suave entre deux person-nes, certes de même sexe, mais aussi de même langage.
3- L’honnêteté m’oblige ici de dénoncer à mon lecteur la duplicité de mon personnage ! Ci-fait.
4- En toute logique.
5- C’était son vrai nom, comme quoi, y en a qui n’ont vraiment pas de chance dans la vie...

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