Gazette n°253
lundi 11 octobre 2021
sponsorisée par les tueries en série(s)
LA LIGNÉE

“L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde”, tout le monde connait... mais Hyde est-il bien mort, par le suicide de son hôte ?
Faut-il croire les derniers mots de la lettre d’aveux du docteur ? :
“[…] c’est ici l’heure véritable de ma mort, et ce qui va suivre en concerne un autre que moi. Ici donc, en déposant la plume et en m’apprêtant à sceller ma confession, je mets un terme à la vie de cet infortuné Henry Jekyll.”
Car le notaire Utterson, trouvant la lettre, ne vit pas l’ombre qui se faufila derrière lui et qui a fui cette maison du malheur.
C’était Hyde, l’immonde engeance, la part transcendée qui réussit à tromper son monde. En effet, et je peux le dire maintenant que la lignée des Hyde va s’éteindre avec moi.
Ce n’est pas le cadavre froid du bon docteur que l’on découvrit en ce soir funeste... mais celui d’un marin aviné dont l’apparence pouvait tromper. Revêtu des vêtements du médecin, il fit illusion... et le monstre hideux, enfin libre, put s’enfuir dans la nuit.
Mon aïeul, en 1891, prit un bateau pour Calais, et de Calais, il prit la route jusqu’à Auxerre. Son intention première était d’aller en Algérie. Là-bas il pensait pouvoir assouvir ses horribles desseins sans trop de danger. Mais voilà, un incident s’est produit dont l’obscur enchaînement reste encore aujourd’hui un mystère. Edward Hyde, prit l’identité d’un anonyme employé des postes et télégraphes d’Auxerre : Félix Petiot et s’établit finalement dans cette cité aux portes de la Bourgogne.
Mon arrière grand-père vécu sans attirer l’attention. Il commettait ses forfaits hors du département afin d’être parfaitement tranquille. La gendarmerie, qui était encore à cheval, ne connaissait pas les empreintes digitales et encore moins la police scientifique, n’avait aucun moyen de l’identifier. Pourtant, ses victimes se comptent par dizaines, aux dires de mon père.
C’est grand-père qui, malheureusement pour nous, fut à l’origine de nos déboires les plus catastrophiques. Grand-père Marcel défraya en effet la chronique juste après guerre. Et fut décapité en mai 1946.
Père qui était alors en famille d’accueil, dû changer de nom à l’âge adulte avant de se mettre en ménage. Il garda son prénom Émile et prit comme patronyme un second prénom.
Mais il faut croire que c’est dans la nature de ma famille d’être immonde. Car si mon père, mort en 2013, fit parler de lui dans les années 90 et au début de ce siècle sous le nom de Louis (Émile), moi, né en 1963, en Bourgogne, il a bien fallut que je m’adapte à la Police scientifique d’aujourd’hui pour dissimuler les cadavres de mes souffres douleurs, et au pire d’effacer les traces des actes commis.
Aujourd’hui, mon cancer m’a bouffé jusqu’à la moelle, et je sais que je ne passerai pas la journée.
Je n’ai pas eu de descendance, et pour cause, puisque je n’aime que les hommes pour assouvir mes pulsions sexuelles... et c’est eux, à la différence de l’oncle Henri qui n’aimait que les femmes et s’en débarrassait dans une cuisinière, qui ont eu la malchance de subir mes envies.
Le monde va être enfin débarrassé de l’infâme lignée.

Épinac, le 11 octobre 2021

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