Gazette n°260
mercredi 27 octobre 2021
sponsorisée par l’espoir révolutionnaire
SUR LA ROUTE DE PARIS, 1848

“À la poursuite de Michel Bakounine” est une petite biographie d’un des plus célèbres philosophes anarchistes qui dû, pour échapper à la répression politique, toujours être en mouvement en Europe.
La petite fiction qui suit, inspirée d’un fait réel, se passe en février 1848. Michel Bakounine est à Bruxelles pour y donner une conférence... Paris se révolte contre la monarchie.
Il prend le train pour joindre l’insurrection, et...
Un employé du chemin de fer belge ouvre la porte du wagon :
— Quiévrain Quiévrain ! Messieurs dames, la ligne est coupée avec la France.
— Et pourquoi s’il vous plaît ? s’insurge un personnage assez fort, à l’accent russe assez prononcé, portant une longue barbe noire et des petites lunettes ovales.
— Parce que c’est la révolution à Paris monsieur.
L’homme ne dit rien de plus, il se lève, prend son bagage il demande à l’employé médusé :
— Pour Paris, quelle direction ?
— Par-là monsieur, mais c’est à plus de deux cents kilomètres !
— Et alors ?
Et l’homme part à pied.
C’est un peu ce qu’il m’a raconté lorsque, le voyant sur la route en cette soirée froide, je lui ai proposé de partager ma soupe.
Il avait l’air tellement exténué avec son gros sac à la main.
— L’ami ! Viens te reposer et partager ma soupe.
L’homme se tourna vers moi. Il hésita un moment, puis il se décida à accepter mon invite.
— Qui es-tu ? demanda l’homme en entrant chez moi.
— Denis Gohin, je suis ouvrier à l’atelier municipal, et toi ?
— Michel Bakounine, journaliste apatride.
C’est là que j’ai compris qu’on pouvait s’entendre, je connaissais son nom et j’avais eu l’occasion d’aller l’écouter à Bruxelles. J’ai souri :
— Moi aussi, j’écris un peu, dans le journal “L’humanitaire”[1], tu connais ?
— Non, c’est quoi ?
— Un journal social.
Il me sourit en me regardant de ses grands yeux chaleureux, derrière ses petites lunettes.
— Au fait, on est où ici ?
— Gavrelle, sur la route d’Arras. Tu vas où toi ?
— Paris !
— Ah ?
— La révolution a commencée, et crois-moi ce n’est que le début !
Il m’a dit ça avec un sourire carnassier, j’ai senti à ce moment-là un vent d’histoire qui m’a parcouru l’échine.
— La révolution ? répétais-je pensif.
***
La révolution française de 1848 sera un triste flop au final, 1848 est le marchepied du Second Empire, le règne de la bourgeoisie dans ce qu’elle a de pire.
Mais 1848, c’est le feu aux poudres dans toute l’Europe... Milan, Venise, Vienne, Berlin, les Pays-Bas, le Danemark... ce sera le “Printemps des peuples” et le début de la fin du pouvoir monarchique[2] sur le vieux continent.

Épinac, le 27 octobre 2021

1- Créé en 1841, il s’agit du “premier organe communiste libertaire et l’unique en France pour quarante ans”, selon l'historien Max Nettlau. (wikipedia)
2- Il en reste encore des ersatz un peu partout, mais ce sont des “musées de sires”.

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