Gazette n°293
mercredi 12 janvier 2022
sponsorisée par l’anthropophagie
L’ART DE CUISINER SON PROCHAIN

Un ouvrage rend hommage à cet événement tragique... le radeau de la Méduse : “De la Méduse... à Géricault”. On doit le savoir, sur ce radeau, certains durent manger de... la viande humaine à pleines dents.
Mais on n’en oublierait les usages de la gastronomie qui fait la fierté de notre beau pays. Redonnons donc un sens à cet art.
Recette de cuissot de plouc
par Monsieur Chi[1]
traduit en français d’aujourd’hui
par Monsieur Cho[2]
Le tout est de dégoter un bon, un beau, un gras plouc. Il en traîne tant dans nos campagnes qui sont désœuvrés par ces temps de pandémies[3].
Le mieux est de l’attirer par quelque dégustation offerte d’un quelconque picrate local[4], cela ne vous coûtera guère et vous serez assuré d’avoir attrapé le bon animal.
Faites-lui la conversation afin d’endormir sa méfiance naturelle, le plouc bien que plouc, reste un être sensible. Parlez-lui des saisons et de la vie chère[5].
Une fois le plouc ronflant sur sa chaise, égorgez-le, c’est le moyen le plus rapide et sain de commencer la recette.
Prélevez-lui une de ses belles cuisses bien grasse, tout en délicatesse. Les deux si vous avez beaucoup de monde à dîner, ça peut toujours servir.
Échaudez[6] et flambez-la[7]. Désossez jusqu’à la jointure du manche pour enfin la larder avec des épices et aromates pilés.
Vous laisserez mariner la pièce dans une terrine avec beaucoup de sel, de poivre, genièvre, thym, laurier, basilic, oignons et ciboules durant cinq jours.
Avant de la faire cuire, vous la délesterez des épices et vous l’envelopperez dans un linge blanc que vous ficellerez comme une belle pièce de bœuf[8].
Le paquet sera déposé dans une braisière avec la saumure dans laquelle le cuissot aura mariné, en ajoutant six bouteilles de vin blanc[9] et autant d’eau. Ajoutez aussi six carottes, six oignons, quatre clous de girofle, un fort bouquet de persil et ciboules avec un peu de sel.
Faites mijoter durant six heures et si après l’avoir sondé ce n’est pas encore cuit, il faut lui donner alors une heure de plus.
Éteignez et laissez une demi-heure dans sa cuisson.
Enfin, en la retirant, laissez-en la couenne.
Pour accompagner en légumes, choisissez des haricots verts ou une belle ratatouille.
La recette ne dit malheureusement rien de ce qu’il convient de bien faire des restes du plouc. Voici :
Les restes du plouc serviront de très bon compost, hormis la tête, dont vous pourrez vous servir de presse-livres, pour cela, lisez l’ouvrage : “Comment confectionner de beaux objets avec des restes humains”, par le docteur Josef Mengele (Freiheit macht frei éd., Auschwitz, 1942).

Épinac, le 12 janvier 2022

1- Pseudonyme du très célèbre Maître Chiquart dans ses œuvres anonymes. Cuisinier du duc de Savoie au XVè siècle, auteur de “Du fait de cuisine” (v. 1420).
2- Pseudonyme secret de Fly Ghn dont nous tairons le nom pour préserver son anonymat.
3- Il s’agit à cette époque de la peste hilarante dont Pierre Desproges en a fait allusion dans un de ses délicieux réquisitoires. NdE
4- On recommandera de nos jours de se satisfaire d’un rosé pamplemousse qui aura l’avantage de ne pas vous ruiner en appât. Bien évidemment, on vous en déconseille, pour votre bien, de partager la mixture avec votre plouc.
5- À notre époque, même si ces sujets sont toujours très inspirant pour le plouc, vous pourrez plutôt lui demander son avis sur le pass-vaccinal, le réchauffe-ment climatique ou le grand remplacement, cela vous égayera avant la besogne et vous confortera dans la cuisine du plouc. NdE
6- C’est-à-dire la passer à l’eau chaude. NdE
7- Passer rapidement une pièce de volaille ou de gibier à la flamme.
8- L’un de mes amis facebook que j’invitais l’autre jour a eu cette très joyeuse répartie lorsque je lui lut la recette : « ...ou de beauf’ » en dégustant son rosé pamplemousse. NdA
9- On conseille plutôt un bon petit cru d’Alsace, toujours sûr pour ce genre de recette, un Riquewihr ou Sigolsheim.

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