Gazette n°368
vendredi 5 août 2022
sponsorisée par une citation

“L’abolition de la propriété foncière” est un ouvrage signé Léon Tolstoï. Celui-ci avait fait la connaissance, en 1860, de Pierre-Joseph Proudhon, à Bruxelles.
Je me demande comment, aujourd’hui, se passerait cette rencontre entre ces deux hommes.

LA PROPRIÉTÉ

Bruxelles, fin 2024.
“Chez Fly”, café-librairie

Il fait beau au 499 de la rue Léopold 1er[1] en cette fin 2024. La librairie est très lumineuse avec son toit vitré, quelques plantes vertes agrémentent l’endroit. Des fauteuils, disposés dans le fond de la librairie, peuvent accueillir ceux qui souhaitent prendre le temps de vivre.
Justement, deux hommes sont en train de discuter en dégustant un thé blanc de l’Himalaya aromatisé aux... herbes de Provence.
Le premier, légèrement rondouillard, aux petites lunettes ovales, la barbe et la moustache un peu hirsute, le cheveu coiffé au pétard, a un accent français typique. Il a l’air très sérieux, même si son visage est affable.
Le second, assez grand, aux manières d’homme du monde, la barbe fournie, le cheveu coiffé, les yeux profonds, mi-rêveur, mi-inquiet, il a l’accent russe.
— Alors Léon, dis le premier, cette vaste propriété dont tu me parlais ?
— Rââââââh Pierre, j’ai eu un de ces coups de bol de l’avoir trouvé, et ça n’a pas été facile.
— Ah ?
— Oui, une dame, du nom de Karénine, dont l’attitude ambiguë à mon égard, m’a tout d’abord surpris. Mais la propriété était vraiment, elle, attirante.
— Alors tu l’as acheté ?
— La maison... sans la dame.
— T’as raison, rien qu’avec ce nom, ça aurait fait un mauvais roman !
— Grave !... pour le coup : la propriété c’est du bol, Pierre.
Pierre-Joseph regarde Léon avec un sourire carnassier :
— J’aime bien : “La propriété c’est du bol”. Faudra que je la replace !

Épinac, le 5 août 2022

1- Adresse réelle d’un café-librairie, “Jaune”, à Bruxelles.

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