Gazette n°387
lundi 19 septembre 2022
sponsorisée par l’incrédulité

“La fellation” est un texte pour adultes consentants. C’est une... resucée d’une nouvelle écrite par André Pieyre de Mandiargues : “La marée”. J’ai essayé d’abord de prendre bouche... avec les ayants droit, puisque l’auteur ne sera dans le domaine public qu’en 2062, mais peine perdue, on n’a pas voulu rentrer... en contact avec moi.
Y a-t-il d’autres moyens pour demander aux membres... décédés de cette auguste profession d’écrivain de grossir... mon catalogue d’ouvrages ?
Telle est la question qui me brûle les lèvres.

CONTACT

— Denis, tu voulais éditer Boris Vian ?
— Oui Kévin.
Kévin est un sympathique voisin, qui de temps en temps vient me rendre visite amicalement. Moi je le trouve plutôt mignon, mais il a un défaut majeur : il est hétéro. Ça ne l’empêche pas de me draguer.
— Ben Denis, ça serait chouette ça !
— Mais je dois attendre le 1er janvier 2030 ! Puisque le bon Boris est mort en juin 1959 et que ça fait pas encore soixante-dix ans aujourd’hui...
— Et si j’avais un autre moyen ?
— Que veux-tu dire, Kévin ?
— J’ai fait un stage de “Contact avec les esprits”, et je sais comment demander directement à Boris Vian.
Là... je tombe des nues.
— J’ai du mal à te croire mon grand... on peut contacter directement le doux Boris pour lui faire ma demande ?
— Pisque je te dis que c’est possible.
— On fait comment dis ? On commence quand ?
— Mais tout de suite.
— Faut un guéridon ?
— Nan, nan, ça c’est du folklore.
— Alors ?
— Vian jouait bien de la trompette ?
— Ouaip ! Et quel musicien ! Mais j’ai pas de trompette.
— Pas exactement... tiens, y a ça !
Le voisin avait ouvert alors sa braguette, et me tendait son sexe déjà en érection.
— Dis ? Tu te fous de ma gueule, tu crois que je vais être en relation avec Boris par ta bite ?
— Ce n’est pas une bite, mais un “témoin spirituel”, dit-il doctement.
Je regarde Kévin, incrédule.
— Bon... admettons, mais si je pompe, je risque pas de pouvoir parler.
— N’oublie pas que c’est un esprit, et que donc ce n’est pas par la parole qu’on entre en communication avec.
Je penche la tête sur le côté, histoire de comprendre ce qu’il vient de me dire. Je souris.
— Heureusement que Sade est dans le domaine public.
Kévin me regarde avec ce je ne sais quoi de désir que je connais déjà.
— Eh oui. Mais vraiment, tu veux pas ?
— Tu m’fais marcher, hein Kévin ?
Il ferme les yeux, l’air innocent.
— Ouaip... j’aurais essayé.

Épinac, le 19 septembre 2022

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