Gazette N°389
du jeudi 22 septembre
sponsorisé par ma naissance

Le texte que nous vous proposons de jouer devant vous aujourd’hui est de Denis. Il est interprété par, dans l’ordre d’apparition, Claude, Paulette, Vincent, Claire et Marie-Françoise.
(TOC TOC TOC)
Le rideau s'ouvre.

CLAAAAUDE !

Acte I
SCENE I
Décor : appartement d’HLM, décoré de meubles sixties. Il n’y a pas de télé, mais un vieux et énorme poste de TSF posé sur l’une des étagères d’une grande bibliothèque remplie de livres diverses.
Un portrait de Guy Mollet trône au-dessus d’un canapé.
Rôles : Paulette (jouée ici par Paulette) et Claude (ici joué par Claude). Paulette est enceinte jusqu’aux yeux, elle est assise sous Guy Mollet. Claude est debout devant elle.
— Chérie, ça va ?
— Oui, oui, Claude. Mais j’ai une de ces envies de fraises... des bois !
— Tu crois qu’il faut y aller tout de suite ?
— Oui, il y en a chez madame Félix.
— Nan, je voulais dire... à Bonsecours.
— Il est quelle heure ?
— Quinze heures trente-cinq.
— On ira à l’hôpital après. Tu as le temps d’aller chez madame Félix d’abord !
— (rieur) Madame Félix et son popo...
— (agacée) Claaaaude, Popotin je sais !
— Vas-y de suite... le bébé pleure.
— Déjà ?
— (rieuse) Mais non, idiot, Vincent !
Acte I
SCENE II
Même décor.
Rôles : Paulette, Claude et un poupon baigneur (Vincent) dissimulé sous une couverture, donnant l’impression qu’il dort. Paulette grignote des fraises.
— En tout cas, le nouveau venu ne fait pas plaisir à tout le monde, Paulette.
— Oui, je sais, elles me l’ont dit, Marie-Françoise et Claire voulaient partir en colo pour retrouver leurs copines.
— Même pas dix ans, et déjà des revendications ! Bientôt elles voudront quoi ?
— Claaaaaaude ! Fais pas ton macho, ça te va pas.
— (souriant) Je suis pas macho, mais faut avouer qu’on vit une époque bouleversée : une femme dans l’espace, un nouveau pape, Kennedy à Berlin... ich bin déjà vieux.
(on entend le poupon “pleurer”)
— Vincent à l’air en désaccord, Claude.
— Si lui aussi s’y met ! Qu’est-ce que va donner le prochain ?
— Claaaaaude ! Déjà on sait pas si c’est un garçon.
— Bah, garçon ou fille, avec tous ces cheveux longs, on sait plus ! Tiens, par exemple... ces Biteulses !
— Moi j’aime bien, Claude, ça change de Tino Rossi.
— (il chantonne l’air absent) Peutit papa Noël...
— Claaaaaude ! On est en juillet !
— (riant) Pour moi c’est toujours Noël. Et justement tiens, si c’est un garçon, on l’appellera Noël !
— (maussade) On avait dit Denis !
— Mais oui, et si c’est une fille...
— (rieuse) Claudette !
Acte II
SCENE I
Décor : chambre d’hôpital un peu avant l’accouchement, il fait presque nuit.
Rôles : Paulette, Claude, Marie-Françoise et Claire (jouées par des doublures).
— Dis maman ?
— Oui Claire ?
— Y a autre chose que garçon ou fille ?
— Non ma fille, normalement c’est l’un ou l’autre.
— Ça peut pas être un nounours ?
— (rieuse) Peu de chance. Mais si c’est un garçon, c’est possible... ça arrive quelquefois.
— (incrédule) Alors, y a des garçons nounours ?
— (moqueuse) Oui, un peu comme ton père.
— (ronchonne) Moi si j’aurais su, je serais été une martienne, maman !
— Marie-Françoise ! On dit pas “je serais été”, ni “si j’aurais su”. C’est gênant, hein Claude ?
— (rieur) Oui, surtout si ça t’Eugène... Sue !
(les deux filles regardent leur père avec un air bizarre)
— (Paulette un peu agacée) Claaaaude !
— Et tiens, si on l’appelait Eugène ?
— (Paulette se tenant le ventre) Ou Eugénie !
— J’ai l’impression que l’Eugénie veut sortir alors.
Acte II
SCENE II
Décor : même chambre d’hôpital un peu après l’accouchement, c’est l’aube.
Rôles : Paulette, Claude, Marie-Françoise, Claire et un poupon baigneur (un autre).
— (rieur) Ça y est, après Vingt-cents... c’est Deux-nids !
— (agacée mais rieuse) Claaaaaude !
— Fais montre maman, fais montre !
— Marie-Françoise ! On dit pas “fait montre” !
— (riant) Non, on doit dire, “donne-moi l’heure”.
— (fâchée) Claaaaaaude !
— À propos d’heure ? Paulette ?...
— (un peu fâchée) Il est 6h30 ! Et les gamines ne sont pas couchées.
— Bah ! On est en vacances ma chérie.
— (les deux filles ensemble bougonnes) En vacances !!!
— C’est pourtant bien d’avoir un petit frère, les filles.
(les deux filles ensemble agacées)
— Claaaaaaude !

(applause)

La pièce que nous avons eu le plaisir de vous écrire est de Denis. Les décors auraient pu être de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell, mais voilà, on peut penser que c’est une pièce qui fort heureusement ne sera jamais jouée... dans la vraie vie.

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