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[...] Lorsqu’un malheureux ne possède plus le libre exercice de ses facultés, et qu’il commet des actes de nature à compromettre la sécurité publique, l’autorité chargée de veiller à la conservation de tous les intérêts ne se contente pas de le mettre dans l’impossibilité de nuire, elle charge d’habiles médecins de lui donner des soins jusqu’à ce qu’il ait recouvré sa raison.
Généralement parlant, les hommes, du moins j’aime à le croire, naissent bons ; aussi, selon moi, celui qui commet un ou plusieurs crimes, prouve seulement qu’il est atteint d’une sorte de folie morale ; mais, dangereux aussi à la société, il doit être de même mis dans l’impossibilité de nuire, et pour cela, il faut sans doute qu’il soit relégué dans un lieu particulier ; mais je ne vois pas pourquoi celui qui, selon moi, n’est autre chose, je le répète, qu’un malheureux auquel il manque quelques organes moraux, serait plus abandonné que tous les autres malades ; je ne vois pas, dis-je, pourquoi l’on ne chercherait pas à le guérir aussi, c’est-à-dire à lui rendre, si je puis m’exprimer ainsi, la santé morale qu’il a perdue ; à le remettre, en un mot, sur la route qu’il n’aurait jamais dû quitter, celle de la droiture et de l’honneur .
Mais pour tenter les cures que je propose, il faudrait que les prisons et les bagnes, s’ils étaient conservés, fussent des lieux de correction plutôt que de châtiment ; il faudrait que le repentir pût y naître plus facilement que la douleur, et que l’on ne dédaignât pas l’emploi du moindre des remèdes propres à inspirer l’amour de la vertu et le goût des devoirs sociaux ; il faudrait aussi que les directeurs et concierges de prisons, commissaires de bagnes, reçussent de l’autorité supérieure la mission de diriger le moral des prisonniers. [...]