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PRÉFACE

Eugène Pottier fut toute sa vie un travailleur acharné qui eut trop souvent à compter avec la misère.
Ce fut un militant qui, sans une heure de défaillance, lutta énergiquement et héroïquement pour l’avenir meilleur du plus grand nombre : les Travailleurs !
Sa vie est celle de tous les siens. Né de parents pauvres, il fut tour à tour ouvrier emballeur, pion, dessinateur sur étoffes.
En 1848, il est aux barricades comme en 1871 à la Commune. Après la défaite, il prend le chemin de l’exil, il végète en Angleterre, en Amérique, puis, à l’amnis- tie, vieillard de plus de soixante ans, il rentre dans son cher Paris, perclus de douleurs, paralysé, sans fortune, dans l’impossibilité de gagner sa vie.
En 1887, il s’éteint.

Voilà en quelques mots la vie si bien employée, si fortement remplie de ce digne citoyen.
A côté de cette vie matérielle, Pottier vécut une vie d’artiste. Les vers, dès son jeune âge, l’attiraient, il devint sans contredit un de nos plus grands poètes révolutionnaires — peut-être le plus grand — malgré tout son talent, il n’eut pas la satisfaction de jouir de sa gloire comme il le méritait. Il resta jusque fort tard inconnu, oublié, délaissé et, sans des amitiés sincères, il n’eût jamais été édité, peut-être !
A quoi cela tient-il ?
C’est que Pottier n’était pas un mendiant de popularité ; Pottier était la modestie en personne.
Pottier a produit énormément ; il eût pu être classé parmi nos meilleurs poètes, si ses œuvres eussent vu le jour à leur heure, régulièrement, par le livre. [...]