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I
LE PAYS DE LILLIPUT

Gulliver, s’étant embarqué pour un grand voyage autour du monde, fait naufrage dans l’île de Lilliput.
Il se couche sur l’herbe fine et veloutée du rivage et s’endort.
Quand il se réveille, il veut se lever ; impossible, ses bras, ses jambes, ses cheveux mêmes sont attachés à la terre par une infinité de liens.
Il entend des bruits confus ; mais, comme il est étendu tout de son long sur le dos, il ne peut rien voir de ce qui se passe autour de lui.
Tout à coup, il sent quelque chose sur sa jambe gauche, comme si une souris s’y promenait ; puis quelque chose sur sa jambe droite ; puis encore quelque chose qui monte sur sa poitrine et qui s’avance jusqu’à son menton.
Et qu’est-ce qu’il voit ?
Il voit une toute petite, toute petite créature humaine, faite comme vous et moi, une créature deux fois haute comme mon pouce, armée d’un arc, d’une flèche, avec un carquois sur le dos.
En soulevant un peu la tête, Gulliver découvre une quantité d’autres petites créatures semblables, qui vont et viennent sur ses bras, sur ses jambes, sur sa poitrine, sur son ventre. Il en sent même une qui s’est posée sur sa tête. Gulliver a peur, ce qui prouve qu’il est un peu poltron, et il se met à crier.
Puis il fait un effort, un si grand effort que tous les liens qui l’attachaient, et qui n’étaient guère plus gros que vos cheveux, se brisent.
Il est au pays de Lilliput.
Les Lilliputiens ne sont pas méchants : Gulliver leur fait signe qu’il a faim.
Aussitôt ils apportent de grands paniers, pleins de provisions, et des échelles pour les monter jusqu’à sa bouche. [...]