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[...] Maintenant, à en juger de son visage apaisé, Paul a dû avoir le dernier mot. Avec Elvire, du reste, l’amour aura toujours le dernier mot. Mais l’attitude abandonnée d’Elvire, elle ne prouve rien, si ce n’est la satisfaction d’être dans les bras de Paul. Qu’elle ait atteint le plaisir complet auquel il voulait l’initier, c’est peu probable. Tout au plus peut-on supposer que son séducteur a satisfait les exigences d’un petit accélérateur mal rodé et lubrifié à souhait la sécheresse d’un terrain encore très aride. Encore ne s’agit-il là que de conjectures. Car même si la relation a été douloureuse, même si l’accélérateur n’a servi à rien, Elvire peut quand même avoir l’air parfaitement comblée puisque les bras de Paul suffisent à son bonheur. Quoi qu’il en soit, diront certains, il y a quand même eu viol sur mineure. Et sur mineure vierge. Admettons. Paul a provoqué et profité d’une situation. Il aurait en quelque sorte violé une Elvire consentante. Et sans brutalité. Avec beaucoup d’humour même. Ce qui est tout de même rare dans ce genre de relations et qui doit être mis à son actif. Mais à notre avis, il n’a pas violé une vierge. Pour la bonne raison qu’Elvire ne l’était plus depuis dimanche. C’est l’ange Guilguil qui l’a déflorée. Avec sa flèche. En lui révélant un plaisir plus ineffable encore que le plaisir d’amour assorti de balancelle et d’accélérateur. Et Paul n’a fait qu’assurer le relais. Grâce à lui, de l’ineffable, Elvire est passée à la jouissance humaine. Sans changer de trottoir. Comme du pareil au même. Et si Paul, simple passeur, n’y a vu que du feu lui aussi, il a pourtant si bien senti le rival qu’il te l’a immédiatement et sans hésitations pulvérisé cet initiateur céleste d’ange Guilguil. [...]