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La situation

Décidément, nous marchons à grands pas vers la révolution, vers une commotion qui, éclatant dans un pays, va se propager, comme en 1848, dans tous les pays voisins, et secouant la société actuelle jusque dans ses entrailles, viendra renouveler les sources de la vie.
Pour confirmer notre idée, nous n’avons même pas besoin d’invoquer les témoignagnes d’un célèbre historien allemand(1), ou d’un philosophe italien très connu(2), qui, tous deux, après avoir approfondi l’histoire moderne, conclu- aient à la fatalité d’une grande révolution vers la fin de ce siècle. Nous n’avons qu’à observer le tableau qui s’est déroulé sous nos yeux pendant les vingt dernières années ; nous n’avons qu’à envisager ce qui se passe autour de nous.
Nous constaterons alors que deux faits prédominants se dégagent du fonds grisâtre de la toile : le réveil des peuples, à côté de la faillite morale, intellectuelle et économique des classes régnantes ; et les efforts impuissants, agonisants des classes aisées, pour empêcher ce réveil.
Oui, le réveil des peuples.
Dans l’usine suffocante, comme dans la sombre gargote, sous le toit du grenier, comme dans la galerie ruisselante de la mine, s’élabore aujourd’hui tout un monde nouveau. Dans ces sombres masses, que la bourgeoisie méprise autant qu’elle les craint, mais du sein desquelles est toujours parti le souffle qui inspirait les grands réformateurs, — les problèmes les plus ardus de l’économie sociale et de l’organisation politique viennent se poser l’un après l’autre, se discutent et reçoivent leurs solutions nouvelles, dictées par le sentiment de justice. On tranche dans le vif des plaies de la société actuelle. De nouvelles aspirations se produisent, de nouvelles conceptions s’ébauchent. [...]

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