Partager

Introduction

Les souvenirs s’enlacent et se dérobent sans cesse.
Perles d’eau tombées d’une branche après l’orage, un matin, en ouvrant les volets, je les ai vues toutes ensemble.
Pareilles à un collier sous le soleil, elles faisaient ployer de leurs scintillements rouges et jaunes les tiges de graminées debout à l’angle du mur. Jetant des reflets par myriades.
Gouttes lourdes faites de je ne sais quoi ; à midi, il n’y avait plus rien. Le poids du chagrin des tiges avait disparu du paysage.
Comme à l’instant. Difficile de saisir ce temps ramolli. Hier est un sac d’herbes sèches. Qui se tasse, se tasse. Irrémédiablement. Demain il ne restera guère qu’un jeu d’ombres et de bruits fermentés. Ramassis bizarre dans le gargouillis des jours. Poires blettes au dos des saisons.
Le blé ne sera plus jeté à la volée début octobre, les mains plongeant l’une après l’autre dans le semoir, laissant les oiseaux profiter des grains tombés dans la haie en bordure de champ.
Bons grains comme ivraie, nous aussi, nous grappillons. N’est-ce pas cela fouiller dans ce qui reste de l’enfance. [...]