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Petite histoire des débuts
Louis Désiré Blanquart-Evrard
(1871)

La reproduction des objets avec leurs couleurs naturelles, but de tant d’aspirations et de recherches, et qui devait être le dernier mot et le couronnement de la science photographi- que, est regardée aujourd’hui, par les praticiens, comme une chimère. Il faut le dire, les déceptions de toute nature auxquelles elle a donné lieu, ont singulièrement contribué à en refroidir la poursuite.
Lorsque M. Edmond Becquerel eut prouvé par des résultats incontestables que les rayons lumineux pouvaient être imprimés sur une couche chimique, il n’est si mince expérimentateur qui n’ait tenté de produire des épreuves colorées soit théoriquement par la méthode du maître, soit par des moyens que lui suggéraient sa propre expérience et ses inspirations. On sait combien sont fécondes en surprises les manipulations chimiques, or, on obtenait, par ci par là, des effets singuliers ; ici l’on avait la couleur bleue, là on avait le rouge. C’est ainsi que fut signalée, entre toutes, une épreuve de paysage obtenue par un habile photographe, le docteur Diamond ; les objets y présentaient leur couleur naturelle, le ciel était bleu, le toit des maisons brun rougeâtre, les arbres étaient verts. Le journal The Photographic en rapportant le fait, dit que le docteur Diamond n’avait pu l’expliquer, bien qu’il se fût présenté plusieurs fois, mais d’une manière inattendue. On fit pourtant une remarque générale, c’est que c’était particulièrement à la chute du jour que se produisaient ces étranges résultats. Jugez combien ils devaient stimuler l’ardeur des expérimentateurs, et quels rêves de gloire ils faisaient naître. En France, vous le savez, les questions d’honneur priment encore les questions de profit. [...]