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LE MUR

« Jamais la nature
ne nous trompe,
c’est toujours nous
qui nous trompons »
J.J. Rousseau

Petit, râblé, la moustache en bataille, Marcel promenait son petit ventre rond et son regard gris un peu triste autour de lui. C’était son premier jour de retraite. Il venait juste d’hériter de la maison d’une vieille tante dans une petite ville de la banlieue ouvrière de Paris.
Les mains croisées derrière le dos, il arpentait le petit jardin en songeant qu’à soixante-six ans il allait se mettre à jouer les jardiniers en herbe, il sourit à l’idée que cette expression aurait bien plu à sa Fernande. Depuis sa disparition son seul plaisir était de regarder passer les enfants qui partaient à l’école. Par chance cette maison qui lui revenait se situait en face de la maternelle.
A condition de tailler la haie d’aubépines, il pourrait assister à la rentrée des classes en prenant son petit déjeuner.
Dans la cabane de jardin il trouva tout le matériel nécessaire et dès le lendemain il se mit à la tâche. Quand il reposa le taille-haie, satisfait du résultat, le ciel commençait à s’assombrir. Il s’affala, quelque peu courbatu, sur le canapé. Une nuit de repos et il serait en forme pour attaquer les plates-bandes. Il se réservait le potager, son morceau préféré, pour la semaine suivante.
Il retourna la terre pendant trois jours, la pluie qui s’ensuivit lui permit de s’accorder un peu de répit pour se remettre de cet exercice auquel il n’avait pas été habitué durant ses quarante années de comptabilité.
Ce matin-là, il avait hâte d’ouvrir ses volets pour observer les petits de la maternelle [...]