Un membre vous attend
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“UN MEMBRE VOUS ATTEND
I
Je venais de recevoir un mot glissé sous ma porte ; tapé à la machine à écrire sur un rectangle de bristol... “Un membre vous attend.”
J’ai retourné la carte ; il n’y avait rien qu’une seule inscription faite de morceaux différents, découpés dans des articles de journaux, “VO” “tre” “S” “erv” “ITEUR”.
“Bordel, le con, y s’est bien fait chier”, que j’ai pensé tout de suite.
J’ai jeté un œil par la fenêtre pour voir s’il faisait encore nuit. Mais non, il faisait gris sur la capitale, il pluviotait dans cet automne déjà maussade. J’avais encore la tête lourde ; ma soirée avec Genann dans son pub favori, “The Irish”, avait été sérieusement arrosée. J’ai mis quelques instants à pouvoir lire... et comprendre.
Comprendre d’abord qu’il faisait jour et que j’étais bien dans mon appartement du onzième et pas dans une poubelle, entouré de vomis divers et de papiers gras.
Oui... “comprendre !”... J’avais un bordel de rendez-vous avec mon réd’ chef et un représentant de la faction “Noire” d’une organisation nazie qui prônait la suprématie de la soi-disant “race blanche”. C’est ce qui m’avait fait rire d’ailleurs ; cette dichotomie dans les termes.
Mais là, j’avais quand même un doute. Quel connard de troll m’avait glissé ce truc sous ma porte.
C’est là que mon cerveau a fait “Chboum”... j’ai ouvert la porte d’un coup sec.
“Tu parles, Ducon... ça fait un bail que l’enfoiré s’est calté !” me suis-je insulté.
Le couloir était vide.
J’ai regardé ma montre.
— Bordel ! 10h42 !... Meeeeerde !
Mon rencart avec Philoppe réd’chef était mal parti. Je le surnomme comme ça ce Ducon... il se déporte de plus en plus vers les nazes. Bientôt, il sera invité par l’aut’ trou d’jus, le Rascal, à Cnouille.
C’est à cet instant pile que mes oreilles ont été la proie de ma sonnerie de tél à la con. Ça m’a vrillé les tympans... ACDC après une vache cuite... pas top !
— Bordel de con de téléphone de merde, faudra que je mette une berceuse comme son d’appel.
Je gueulais tout seul, toujours devant ma porte, dans le couloir.
Je me suis rentré et j’ai été prendre le tél qui était tombé de mon cuir, certainement tôt cette nuit.
J’ai regardé quel était le connard qui osait m’appeler sur mon tél.
“Phil 06 84 23...”
— Meeeeerde !
J’ai décroché, j’avais besoin du taff’ pour becqueter et payer mes affres.
La voix du réd’chef était sirupeuse.
— Neill ! Tu grouilles ? T’es où là ?
— Dans le trome, chef... j’arrive.
— On dira ça. Si t’es pas là dans une demi-heure, j’te les coupe.
*
Je suis arrivé grave à la bourre, mais quand même juste avant d’être castré par Dug’noux.
Philippe de la Motte, mon réd’chef est de petite taille, maigre comme un spaghetti, le crâne nu, comme pour ressembler à l’aut’ trou sur TMC chez Barthouille. Là, il s’était sapé “racaille”... enfin, comme dans son idée. J’ai regardé son pantalon pour voir s’il avait été jusqu’à faire le grunge avec son jean... non, il n’avait pas osé. Ouf !
La terrasse couverte du Café de Flore était presque vide, Machin était à m’attendre.
— Salut Phil’... alors y sont où les gugusses ?
L’aut’ m’a r’gardé comme mon proviseur avant de me jeter du pensionnat.
— T’es à la bourre, Neill !...
J’ai rien dit, j’aurais pu faire un mauvais jeu de mots... pas adéquat dans la situation.
— Déso, y avait un monde de fou dans l’métro, je sais pas pourquoi.
Un mensonge invérifiable est un bon mensonge, et puis ça permet d’être zen.
— Ouais, ouais... on dira ça comme ça, mais pour ce qui est de nos invités... c’est pire que toi, j’espère qu’ils vont tenir parole.
— La “race blanche” prend du retard, ai-je persiflé.
Philoppe m’a regardé d’un œil torve.
— T’as intérêt à être pro... tes blagues de gaucho, tu te les mets dans la poche... okay ?
“Quel trou d’jus”, ai-je pensé... mais je lui ai souri, bêtement.
C’est à ce moment-là qu’un livreur est arrivé à notre table. Un jeune type assez mignon, en uniforme de Onlivôtre, jaune pâle avec dans le dos le logo de la boîte que je déteste... mais pas ce p’tit mec... j’ai souri... gentiment.
— Tu veux quoi, gamin ? ai-je demandé.
Lui, l’air un peu perdu, comme s’il était dans un Tarantino, il a bégayé.
— Vous êtes bien, Neill McGill ? s’est-il enquis auprès de l’aut’ naze.
Il l’a regardé méchamment, genre DRH qui va te botter l’trou.
— Non, jeune homme... c’est plutôt ce monsieur, en me désignant du bout du doigt.
— J’ai un paquet pour vous, dit-il en se tournant vers moi, très souriant.
Il avait un long paquet en carton renforcé, avec du papier cadeau et un joli ruban rouge tout autour.
J’allais pas faire un date ici... mais je lui aurais bien demandé son tél, au p’tit. Je suis resté “pro” ; histoire de flatter l’boss.
— Donne-moi ça... et j’dois signer quelque part ?
Toujours tout sourire en me dévisageant, il a secoué sa tête de bas en haut en me passant sa planchette où il y avait la liste de ses courses.
— Oui, m’sieur, ici.
J’ai pris le machin, j’ai signé et j’y ai ajouté mon 06 avant de lui rendre le papelard.
— Tiens, ai-je souri.
Il est resté planté là, comme un platane du boul’ Saint Germain, quelques secondes et a regardé ce que j’avais écrit.
Il n’a rien laissé paraître de ce qu’il pouvait en penser. De toute façon, qu’est-ce que j’en ai à foutre ; si c’est okay, c’est cool, sinon... basta !
— Alors, t’as fini ton manège de gringue ? Tu l’ouvres ? m’a soufflé l’autre.
Je me suis exécuté en silence. J’ai déchiré le papier cadeau.
— Je sais pas qui m’envoie un cadeau de Noël !
— Surtout en octobre... encore un de tes mignons débiles ? m’a sifflé Machin.
J’ai pas répondu, je serais au chôm’.
C’est quand j’ai ouvert le paqu’son qu’on est resté tous les deux, la tête baissée vers l’intérieur de ce... “cadeau”.
Il y avait un bras découpé, encore sanguinolent dedans, dans une salade de morceaux de papier kraft. Il y avait une carte en bristol aussi.
“Voilà un membre” était tapé à la machine à écrire.
J’ai retourné la carte.
II
Le réd’chef s’est retourné et a vomi un truc nauséabond sur la terrasse du café de Flore.
J’avais encore le bristol entre les doigts. “Pour toi”, était écrit sur le bristol... à la main cette fois.
J’ai refermé le paquet d’un coup sec en tournant la tête pour me retenir. J’avais pas envie que Philoppe voie ce que j’avais dans les intestins depuis la nuit dernière au “The Irish”.
Il s’est retourné vers moi ; il avait en-core des bouts de je ne sais pas quoi aux lèvres. Mais il était sacrément en pétard... Il a rangé son mouchoir.
— Mais c’est quoi cette merde ? Pu-tain de chiotte !
— Euuuh, Phil’, c’est pas une bouse, c’est un... bras coupé.
Faut dire que le bras en question était comme qui dirait... tendu, la main bien à plat.
— Au lieu de m’énerver, tu sais à qui c’est ce putain de bras à la con ?
Le langage du réd’chef se métamor-phosait en une éructation que je ne lui connaissais pas.
— Bah... j’ai peu de bras dans mon quotidien... et “tendu” encore moins.
— Arrête tes commentaires de gau-chiste, putain, Neill !
J’ai voulu lui demander ce qu’il avait à mettre du “putain” partout dans ses phrases, un peu comme les ricains avec leur “fuck” ; je me suis abstenu, il était d’une humeur à ne pas cha-touiller.
— Vous voulez que j’enquête, chef ?
Il m’a regardé, silencieux, pendant quelques secondes, genre comme un toutou qui se demande si c’est du frisbee ou du lard à croquer.
— Enfin une bonne idée... je pense que ce... “membre” venu par porteur a quelque chose à voir...
— ...Avec notre rendez-vous ? ai-je... coupé.
Il ne m’a répondu que par un mouve-ment de sa tête, avant de se reretour-ner et de revomir.
Le serveur ; ils sont toujours chics au Flore ; l’a regardé tel un CRS devant une peinture de Pollock... mais celui-là il pourrait pas le revendre.
— Bon, je vais voir. J’ai toujours le 06 du... bras droit de leur chef.
J’ai repris mon carnet de notes, une vieille habitude prise après mes lec-tures de Gaston Leroux. J’ai passé quelques pages.
— Ah... oui... Elrik Vénèr.
Bizarrement, Philoppe s’est détendu.
— Vénèr ?... J’ai déjeuné avec lui lundi dernier, il est plutôt cool, on a bien sympathisé.
Je me suis tu, j’allais prendre le bras dans le paquet pour lui foutre sur la gueule au réd’chef.
— Ah ?... Bon, je vous laisse, chef ; j’vais taffer.
— Ah ! Neill, oublie pas les manifes-tants. Il me faudrait une belle photo.
— D’un de ces jeunes lycéens ?
Il m’a regardé comme si je venais de lui réciter du Sénèque dans le texte.
— Qu’est-ce que j’en ai à foutre... non une poubelle en train de cramer.
Encore une fois, j’ai rien dit.
“Faudrait quand même que je migre vers une aut’ rédac que chez Ducon”, pensais-je.
Je commençais à partir vers la droite sur le boul’Saint-Germ’, quand Ma-chin m’a hélé.
— Où tu vas, Neill... c’est d’l’autre côté le métro !
— Vous inquiétez pas, chef, j’ai tout ce qu’il me faut ; étant donné qu’on avait r’dez-vous ici. Le gusse... l’bras droit, y crèche à Madeleine, et c’est direct si j’prends à Solférino. Vous savez qu’chuis un vrai plan d’trome.[1]
Il m’a regardé comme deux ronds de flan. Il a rien dit.
J’ai vu le serveur et un grand mec sa-pé milord se rapprocher de lui à ce moment-là. J’ai préféré me calter en loucedé.
*
J’ai repris mon pap’lard pour vérifier que je ne m’étais pas planté.
“5 rue Godot de Mauroy... super”.
J’étais sorti au métro Madeleine, j’y avais entendu des bruits de pétards, des cris... de la fumée sortait d’une poubelle. J’ai regardé. “Mais va te faire foutre”, j’ai pensé très fort au réd’chef.
Là, dans cette rue de rupins, c’était un peu plus calme, même si de joyeux jeunes gens étaient au début de la rue en train de faire son affaire à une agence bancaire.
J’ai souri maussade en pensant que j’ai loupé 68 parce que j’étais pas né et que je “loupais” 26 parce que... parce que...! J’aurais voulu me donner une baffe. Au lieu de conseiller les drilles, je me retrouvais à devoir aller interviewer un p’tit naze.
J’ai ouvert une des portes du double battant. Il y avait une liste de noms.
J’ai lu dans ma tête.
“Bardin... Grimaud... ah !... Vénèr ! Bordel, ce trou d’jus est au quatriè-me”.
J’étais pas très joisse. Quatre étages à pied, mais bon, ça me fera mon sport de la semaine.
Je suis arrivé un peu essoufflé à l’étage de Machin.
Il n’y avait qu’une seule porte.
“Elrik VÉNÈR”, gravé dans un petit rectangle doré, placé sur la porte.
J’ai sonné.
Des pas ont résonné.
La porte s’est ouverte.
Le mec en face de moi était... manchot ! Un tissu sanguinolent sur le moi-gnon de son bras droit.
III
En me gueulant dessus, il m’a claqué la porte au nez en me reconnaissant.
— Gauchiasse !
Je suis resté comme un con, le nez contre la porte à me demander si c’était du lard ou du cochon. Pourquoi, alors que je l’avais appelé tout à l’heure pour venir le voir et l’interviewer chez lui... il m’avait fermé la porte au pif, tant est si bien que j’avais du sang qui coulait du nez.
“Ça y est, je suis pas dans la merde”, me suis-je dit, “Philoppe va me passer un savon à la paille de fer.”
Quand je suis redescendu, une fois dans cette rue de rupins, j’ai regardé du côté de l’agence du CIC de tout à l’heure, qui se faisait copieusement dégrafer son distrib’ à biftons à coups de pieds de biche. C’était pas le meilleur moyen, mais la jeunesse est souvent surprenante. “C’est en faisant qu’on devient faiseur” me suis-je rappelé l’antienne de mon père.
En tout cas, les gamins étaient en sacrée mauvaise posture à se faire refaire le masque sur le bitume par des nervis très énervés ; le genre robocop remontés comme des coucous nazis.
“Allez ! Vas-y, me suis entendu penser”, avant de penser “Non, non, Ducon, tu vas aussi en prendre plein la tronche de la part de la SA.[2]”
En loucedé j’ai pris quelques photos, je les ferai parvenir par des “voies diplomatiques” à Médiapart et Blast, inutile de déranger le réd’chef avec ces documents de “gauchiste”.
J’ai souri en mon fort intérieur, “un bon naze, le réd’chef.”
*
C’est quand je suis revenu à ma piaule qu’une surprise m’attendait.
La porte était enfoncée ; je devrais plutôt écrire “fracassée”. Un membre de la SA devant, en train de faire je ne sais pas quoi sur le sol avec une sorte de lumière bleutée.
Je me suis approché.
— Pardon monsieur, mais vous cherchez quoi devant “ma” porte ?
Le type était de dos et à genoux ; quand il s’est retourné, je me suis aperçu que c’était “elle”.
— C’est chez vous ? m’a-t-elle aboyée au visage.
— Woooo, du calme, madame !
C’est là que je me suis retrouvé coincé contre le mur, la tête sur le placo, les mains remontées dans le dos et enfin menotté.
— Vous êtes en état d’arrestation, votre cas est bon !
J’ai essayé de bafouiller quelque chose, à cause de la cloison qui ne me permettait pas d’avoir la bouche dans une position normale pour orthographier les sons.
— Onch dit “vochte chompte aich bon.
— T’es un p’tit drôle !
— Chai pach pluch chaireu deuchmarrer. Maich chou kel chhhephe d’inchulpachion ?
— Meurtre !
*
J’ai fait la connaissance du commissaire Antoine DeLaage, un homme d’une cinquantaine d’années, bien sur lui, certainement par des heures “de salle” et propre sur lui, certainement par des heures de promos sur le net. Il était chauve en tout cas ; ça allait bien avec son tempérament inquisiteur, un mélange de Goebbels et de Kojak[3].
— Tu étais où, hier à 22h30 ?
— Ça fait quinze fois que je vous dis que j’étais avec un copain au pub “The Irish”, rue du Grenier Saint-Lazare.[4]
— Ouaip, ouaip, tu dis ça, parce qu’il n’y a aucune caméra alentour, ni même à l’intérieur.
Si je lui disais que c’est un, sinon le seul pub irlandais où les homos peuvent être tranquilles ; ça risquerait de le mettre en PLS, le pauvre.
— Ben, non, docteur...
Il détestait que je le déprofessionnalise.
— C’est la “quinzième” fois que je te dis de pas dire “docteur” !
— Pourtant, Goebbels était aussi appelé “docteur” !
Je m’en suis mangé une sévère.
— Mais ta gueule... gauchiasse de ioke ![5]
C’est grâce à l’avocat, “deux Maître” Djaou Bekele, que j’ai été libéré et sorti de la bave du représentant de “l’ordre”. Maître Bekele, je l’ai connu du temps où j’avais fait ce reportage quand j’étais jeune reporter, lors de l’évacuation par les CRS de l’église Saint-Bernard. Je l’appelle depuis “deux Maître”, parce qu’il fait réellement plus de deux mètres. Il est impressionnant Djaou.
Quand l’autre l’a vue, j’ai cru à un dessin animé de Tex Avery, où le loup perd sa mâchoire inférieure qui tombe au sol. J’ai failli exploser de rire.
*
On est revenu dans ma tanière, on était assis tranquilles, sur mon canapé de la marque “Trottoir”, un verre de rouge Sidi Brahim en main.
— Alors Djaou, j’suis mal ?
Il m’a fait son grand sourire, qui m’avait déjà ravi en 1996.
— Comme d’hab’, Neill, t’es vraiment dans le caca. Les cognes ont trouvé tes empreintes sur la porte.
— Ben, quelle trouvaille... puisque j’y ai été pour l’interviewer.
— Il a dit que jamais il ne t’avait invité... mais le pire c’est qu’il y a ton sang sur la porte d’Elrik Vénèr.
— Ben ça... normal, vu qu’il me l’a mise sur la tronche... mais pourquoi... au fait, “meurtre” ; s’il est pas mort ?
Djaou m’a regardé au fond des yeux pour déceler chez moi un quelconque mensonge.
— Louis de Raguagnol... il a été retrouvé... démembré.
— Il a perdu un bras ?
— Non... tous ses membres.
— Et après on dit qu’ils manquent de membres chez les nazes !
Ma plaisanterie ne l’a pas fait rire.
— Tu sais. Je t’ai bien dit que tu étais dans le caca. C’est qu’il y a autre chose.
— Ah ?
Alors qu’il allait me dire quoi, une enveloppe glissa sous la porte et alla buter contre une canette de Pils, vide.
Je me suis levé d’un coup, j’ai ouvert la porte.
— Bordel... personne ! C’est Fantômas !
— Non, c’est pire.
Djaou, figé debout au centre de la pièce, l’enveloppe ouverte et un bout de bristol entre les mains.
— Qu’est-ce qu’il y a de marqué ?
— “Un membre vous attend.”
Je ne sais pas si je m’y attendais, moi, ou pas, mais ma non surprise l’a surpris. Mais il fallait que je le sache...
Sur un ton comminatoire, je lui ai posé “la” question.
— Et derrière ?
IV
Antoine DeLaage, commissaire chargé de l’enquête sur la mort de Louis de Raguagnol, démembré et ancien membre du mouvement nazi LVF[6], réd’chef d’un magazine de la même mouvance, Antoine est perplexe.
Dans son bureau depuis le début d’après-midi, il est à lire les fiches de renseignements sur ledit “Neill McGill”, il ne comprend pas comment ce journaleux, pisse-copies pour différents journaux, mais principalement fait-diversier au quotidien “Paris matin”, serait impliqué dans ce meurtre. Et qui disait la vérité quant à l’agression d’Elrik Vénèr ?
Un truc le chiffonnait.
— Gisèle ! Apportez-moi un café.
La secrétaire, qui était occupée à corriger le rapport d’interrogatoire avant son archivage dans le dossier, lève la tête vers son supérieur, sourit et se lève pour obéir à la demande.
Prenant son téléphone de bureau, le fonctionnaire de police compose le numéro de l’institut médico-légal.
— Allô, Jean-Louis... au sujet du cadavre de monsieur de Raguagnol, tu as des éléments à me donner ?
— ...
— Merde !... Les empreintes correspondent avec qui, alors ?
— ...
Le regard effaré du commissaire surprend Gisèle Lacroix, revenant avec un petit plateau et le café demandé.
— Qu’y a-t-il patron ?
Toujours choqué de la réponse qu’il vient d’avoir, il la regarde, l’air absent. Puis il se lève et sur un ton agacé, il lui répond.
— On est dans la merde !
Il sort de son bureau en trombe.
— Henri ! Où est Henri ?
*
Je regardais fixement mon avocat, Djaou Bekele, qui tenait le bristol, qui l’avait retourné, comme je le lui avais demandé.
— Il y a écrit... à la main : “Amuse-toi bien.”
À cet instant précis, mon e-phone a vibré.
— Déso, Djaou... Allô ?
— ...
— Comment ça “un paquet à la réception du journal”... c’est bien à mon nom ?
— ...
— Okay, okay, je passe rapidou tout à l’heure.
— ...
— Quel commissaire ?
— ...
— Ah ! Bon, j’y serai alors, puisque c’est une convocation.
J’ai éteint mon e-phone et je me suis tourné vers mon ami, qui me regardait, presque moqueur.
— Je t’avais dit que tu étais dans le caca, Neill.
Cette fois, j’avais un peu les foies, je crois qu’il l’a remarqué.
— Oui, tu allais me dire ça...
On s’est replantés sur le canap’ et il m’a informé des éléments qui lui avaient été communiqués.
Un sous-fifre de la LVF prétendait m’avoir vu rentrer dans leur local, rue Soufflot, hier soir et ressortir un peu après, avec une de mes manches de blouson déchirées.
Djaou m’a demandé de lui montrer le blouson.
J’ai été le chercher.
Impossible de remettre la main dessus.
— Mais, qu’est-ce que tu as bien pu en foutre de ta p’lure, Neill ?
Je fouillais partout, je savais bien que je l’avais quand j’avais été faire ma virée avec mon mec du moment.
— Merde de merde et remerde de remerde. À tous les coups, c’est Genann qui me l’a chouré !
— Qui est ce “Genann” ?
Djaou connaissait déjà mes mœurs dissolues, j’ai pas répondu à sa question ; je continuais à retourner mon studio.
— Bon, j’lui tél, il a intérêt à répondre ce p’tit con.
*
— Henri, t’es sûr de l’adresse ?
— Ouaip, chef, 212 rue du Chat qui Pêche, c’est ce qu’il y a d’inscrit sur son passeport, à votre client, Matthew Lock.
Le commissaire sent la moutarde lui monter au nez, juste avant de péter un câble.
— Mais bordel de merde de saloperie de chaude pisse de nonne... comment un canadien peut-il nous berner comme ça ! Des vrais-faux faf’lards[7]... comme au temps de la prohibition !
— Ouaip, chef...
— Il turbine où l’zoziau ?
— Aux dernières nouvelles, y postillonnait à la Radio, chef.
— Laquelle ?... Fonce-y !
— À vos ordres, chef.
*
Je venais d’avoiner le pauvre Genann qui n’en savait pas plus que moi de ce blouson, et qui, en effet, le trouvait coolosse. Je me suis tourné vers Djaou qui me regardait de son œil mesquin.
— Te fous pas de ma gueule, je suis vraiment...
— ...Dans le caca !
Ça pour sûr, que j’étais vraiment dans la merde jusqu’à la crête.
Soudainement, je m’en suis rappelé. Comment j’avais pu oublier ça.
— Ça y est... je me souviens.
Djaou me souriait, l’air con. Je lui ai rendu le même sourire. Je me suis rassis en soupirant, dépité.
— Tu veux en informer ton avocat ?
— On me l’a piqué.
— Où ça ?
— Au pub... The Irish !
V
Le commissaire DeLaage se précipitait dans les studios de Newrope, la radio d’extrême-droite, laissant son adjoint, Henri Plisse, dans la voiture.
Il écartait du coude le garde à l’entrée en lui présentant sa carte professionnelle à la volée.
— Où est le studio où se trouve Matthew Lock ?
Le type, éberlué par cette arrivée en trombe, lui fit juste signe du bout du doigt pour lui indiquer l’escalier.
Toujours sur un ton comminatoire, la question fusa.
— Quel étage ?
— Premier... sur la gauche, inspecteur...
— Commissaire ! Commissaire !
Sans attendre les excuses du préposé à la sécurité, il enjamba le tourniquet.
— ...promotion de l’idéal diversitaire justifie un harcèlement médiatique permanent pour amener les populations à s’y convertir et...
L’animateur de l’émission “Face à Lock”, Matthew Lock, fut coupé dans son laïus habituel lorsque le commissaire déboula dans le studio.
Il remarqua instantanément le blouson déchiré posé négligemment sur le dossier de sa chaise. C’est apparemment ce qu’il désirait confronter à ce qu’il pensait.
— Matthew Lock... vous êtes en état d’arrestation !
Le commentateur nationaliste se leva d’un air outré.
— À quel titre ?
— Au titre de ça !
Le commissaire lui mit devant le nez une photo le montrant sortant d’un restaurant parisien fort prisé par l’extrême-droite et portant, hier soir assez tard... un blouson un peu déchiré à la manche.
*
Au même moment, Neill et son ami avocat, Djaou Bekele, entraient dans le pub The Irish. Il était à peine dix-neuf heures et il y avait peu de monde encore. Maître Bekele eut l’air surpris.
— Mais, il n’y a personne dans ce rade ?
Neill lui mit une main amicale sur l’épaule.
— C’est pas l’heure... beaucoup trop tôt pour les copines !
Et il se tourna vers un barman en train de finir de ranger des bouteilles de whisky, un jeune mec aux cheveux roux.
— Salut Sean, dis... tu te rappelles d’hier soir ?
— Ça pour sûr, camarade... t’en tenais une louche.
Un peu gêné, Neill toussota un peu en se râclant la gorge.
— Ouaip, ouaip... mais, quand je suis arrivé, tu t’en souviens ?
— Oui, tu tenais encore debout...
— N’insiste pas... mais en ressortant, est-ce que j’avais mon blouson... tu sais, celui avec le logo sur la poitrine.
Sean se concentrait pour se remémorer hier soir. Au bout de quelques instants, tel Archimède, son visage s’illumina.
— T’as raison... fuck ! Tu n’avais pas ton blouson quand ton pote et l’autre t’ont porté jusqu’au taxi qui attendait.
L’air suspicieux de Neill inquiéta un peu le barman, qui se recula un peu plus derrière le bar.
Neill prit un ton plus agressif.
— Quel autre type ?
— Un mec assez petit, plutôt... rond. Mais fuck ! J’me rappelle... c’est lui qui avait “ton” blouson sur les épaules... ça m’a même étonné. Je sais que tu l’aimes bien ton truc de la guerre de 68, mais j’ai pas voulu intervenir.
Djaou se tournait vers son ami.
— 1968 ?... Mais, t’étais même pas né.
En continuant de dévisager Sean, de plus en plus anxieux, Neill lui répondit d’un ton sarcastique.
— Je sais, pas comme toi... c’est mon daron, Djaou.
Puis, dans une sorte de réminiscence, une image lui revenait.
— Bordel ! Je me rappelle ce type...! Oui... c’était...
Il s’interrompit tout à coup.
— ...Il faut que j’aille au journal, j’ai un truc à prendre. Tu m’accompagnes encore, Djaou ?
— Je préfère... dit-il, méfiant.
*
Le commissaire, après avoir interrogé Matthew Lock, restait pensif. Il remettait dans son esprit les pièces du puzzle en place quand le téléphone à côté de lui sonna.
— Allô ?
— ...
— Ah... et donc, Jean-Louis... passe-moi les détails... et dis-moi à qui appartient ce bras !
— ...
— Comment ça... pas à Elrik Vénèr, tu te fous de ma gueule.
— ...
— Okay, okay, je m’emporte, mais ce putain de bras alors !
— ...
— Bon, bon, il est tard, on voit ça demain, en plus j’ai une confrontation entre McGill et Vénèr ça va pas être simple avec ces gugusses.
— ...
— Toi aussi, bonne soirée.
*
Neill et Maître Bekele arrivèrent à la rédaction de “Paris matin” sur les coups de dix-neuf heures trente.
Le journaliste s’approcha, très souriant, de la jeune femme qui était à l’accueil de nuit.
— Bonjour monsieur, en quoi puis-je vous être utile ?
— Je suis de la rédac’, McGill, ma grande... dis... il paraît que j’ai un paquet pour moi qui m’attend.
La jeune fille, se pencha et souleva un long paquet avec un ruban rouge le ficelant très joliment. Elle le posa devant elle sur le comptoir.
— Voilà, monsieur.
(bientôt la suite)
[1] Votre servante est une ancienne parigote (47 ans là-bas), et le métro... je connais !
[2] Mon personnage, Neill McGill, a décidé d’appeler ainsi la Police Nationale et ses dérivés... c’est un choix personnel.
[3] Série télé du temps de quand les mammouths broutaient encore dans les champs.
[4] Ne le cherchez pas, c’est un vieux souvenir, et j’ai placé le pub, là, par plaisir. NdA
[5] Prononcé ici par un mononeuronal.
[6] Ligue de la Vraie France.
[7] On notera ici, qu’en bon parisien, le commissaire sait bien que cette rue est la plus courte de Paris et donc n’a évidemment pas 212 numéros. NdA”
I
Je venais de recevoir un mot glissé sous ma porte ; tapé à la machine à écrire sur un rectangle de bristol... “Un membre vous attend.”
J’ai retourné la carte ; il n’y avait rien qu’une seule inscription faite de morceaux différents, découpés dans des articles de journaux, “VO” “tre” “S” “erv” “ITEUR”.
“Bordel, le con, y s’est bien fait chier”, que j’ai pensé tout de suite.
J’ai jeté un œil par la fenêtre pour voir s’il faisait encore nuit. Mais non, il faisait gris sur la capitale, il pluviotait dans cet automne déjà maussade. J’avais encore la tête lourde ; ma soirée avec Genann dans son pub favori, “The Irish”, avait été sérieusement arrosée. J’ai mis quelques instants à pouvoir lire... et comprendre.
Comprendre d’abord qu’il faisait jour et que j’étais bien dans mon appartement du onzième et pas dans une poubelle, entouré de vomis divers et de papiers gras.
Oui... “comprendre !”... J’avais un bordel de rendez-vous avec mon réd’ chef et un représentant de la faction “Noire” d’une organisation nazie qui prônait la suprématie de la soi-disant “race blanche”. C’est ce qui m’avait fait rire d’ailleurs ; cette dichotomie dans les termes.
Mais là, j’avais quand même un doute. Quel connard de troll m’avait glissé ce truc sous ma porte.
C’est là que mon cerveau a fait “Chboum”... j’ai ouvert la porte d’un coup sec.
“Tu parles, Ducon... ça fait un bail que l’enfoiré s’est calté !” me suis-je insulté.
Le couloir était vide.
J’ai regardé ma montre.
— Bordel ! 10h42 !... Meeeeerde !
Mon rencart avec Philoppe réd’chef était mal parti. Je le surnomme comme ça ce Ducon... il se déporte de plus en plus vers les nazes. Bientôt, il sera invité par l’aut’ trou d’jus, le Rascal, à Cnouille.
C’est à cet instant pile que mes oreilles ont été la proie de ma sonnerie de tél à la con. Ça m’a vrillé les tympans... ACDC après une vache cuite... pas top !
— Bordel de con de téléphone de merde, faudra que je mette une berceuse comme son d’appel.
Je gueulais tout seul, toujours devant ma porte, dans le couloir.
Je me suis rentré et j’ai été prendre le tél qui était tombé de mon cuir, certainement tôt cette nuit.
J’ai regardé quel était le connard qui osait m’appeler sur mon tél.
“Phil 06 84 23...”
— Meeeeerde !
J’ai décroché, j’avais besoin du taff’ pour becqueter et payer mes affres.
La voix du réd’chef était sirupeuse.
— Neill ! Tu grouilles ? T’es où là ?
— Dans le trome, chef... j’arrive.
— On dira ça. Si t’es pas là dans une demi-heure, j’te les coupe.
*
Je suis arrivé grave à la bourre, mais quand même juste avant d’être castré par Dug’noux.
Philippe de la Motte, mon réd’chef est de petite taille, maigre comme un spaghetti, le crâne nu, comme pour ressembler à l’aut’ trou sur TMC chez Barthouille. Là, il s’était sapé “racaille”... enfin, comme dans son idée. J’ai regardé son pantalon pour voir s’il avait été jusqu’à faire le grunge avec son jean... non, il n’avait pas osé. Ouf !
La terrasse couverte du Café de Flore était presque vide, Machin était à m’attendre.
— Salut Phil’... alors y sont où les gugusses ?
L’aut’ m’a r’gardé comme mon proviseur avant de me jeter du pensionnat.
— T’es à la bourre, Neill !...
J’ai rien dit, j’aurais pu faire un mauvais jeu de mots... pas adéquat dans la situation.
— Déso, y avait un monde de fou dans l’métro, je sais pas pourquoi.
Un mensonge invérifiable est un bon mensonge, et puis ça permet d’être zen.
— Ouais, ouais... on dira ça comme ça, mais pour ce qui est de nos invités... c’est pire que toi, j’espère qu’ils vont tenir parole.
— La “race blanche” prend du retard, ai-je persiflé.
Philoppe m’a regardé d’un œil torve.
— T’as intérêt à être pro... tes blagues de gaucho, tu te les mets dans la poche... okay ?
“Quel trou d’jus”, ai-je pensé... mais je lui ai souri, bêtement.
C’est à ce moment-là qu’un livreur est arrivé à notre table. Un jeune type assez mignon, en uniforme de Onlivôtre, jaune pâle avec dans le dos le logo de la boîte que je déteste... mais pas ce p’tit mec... j’ai souri... gentiment.
— Tu veux quoi, gamin ? ai-je demandé.
Lui, l’air un peu perdu, comme s’il était dans un Tarantino, il a bégayé.
— Vous êtes bien, Neill McGill ? s’est-il enquis auprès de l’aut’ naze.
Il l’a regardé méchamment, genre DRH qui va te botter l’trou.
— Non, jeune homme... c’est plutôt ce monsieur, en me désignant du bout du doigt.
— J’ai un paquet pour vous, dit-il en se tournant vers moi, très souriant.
Il avait un long paquet en carton renforcé, avec du papier cadeau et un joli ruban rouge tout autour.
J’allais pas faire un date ici... mais je lui aurais bien demandé son tél, au p’tit. Je suis resté “pro” ; histoire de flatter l’boss.
— Donne-moi ça... et j’dois signer quelque part ?
Toujours tout sourire en me dévisageant, il a secoué sa tête de bas en haut en me passant sa planchette où il y avait la liste de ses courses.
— Oui, m’sieur, ici.
J’ai pris le machin, j’ai signé et j’y ai ajouté mon 06 avant de lui rendre le papelard.
— Tiens, ai-je souri.
Il est resté planté là, comme un platane du boul’ Saint Germain, quelques secondes et a regardé ce que j’avais écrit.
Il n’a rien laissé paraître de ce qu’il pouvait en penser. De toute façon, qu’est-ce que j’en ai à foutre ; si c’est okay, c’est cool, sinon... basta !
— Alors, t’as fini ton manège de gringue ? Tu l’ouvres ? m’a soufflé l’autre.
Je me suis exécuté en silence. J’ai déchiré le papier cadeau.
— Je sais pas qui m’envoie un cadeau de Noël !
— Surtout en octobre... encore un de tes mignons débiles ? m’a sifflé Machin.
J’ai pas répondu, je serais au chôm’.
C’est quand j’ai ouvert le paqu’son qu’on est resté tous les deux, la tête baissée vers l’intérieur de ce... “cadeau”.
Il y avait un bras découpé, encore sanguinolent dedans, dans une salade de morceaux de papier kraft. Il y avait une carte en bristol aussi.
“Voilà un membre” était tapé à la machine à écrire.
J’ai retourné la carte.
II
Le réd’chef s’est retourné et a vomi un truc nauséabond sur la terrasse du café de Flore.
J’avais encore le bristol entre les doigts. “Pour toi”, était écrit sur le bristol... à la main cette fois.
J’ai refermé le paquet d’un coup sec en tournant la tête pour me retenir. J’avais pas envie que Philoppe voie ce que j’avais dans les intestins depuis la nuit dernière au “The Irish”.
Il s’est retourné vers moi ; il avait en-core des bouts de je ne sais pas quoi aux lèvres. Mais il était sacrément en pétard... Il a rangé son mouchoir.
— Mais c’est quoi cette merde ? Pu-tain de chiotte !
— Euuuh, Phil’, c’est pas une bouse, c’est un... bras coupé.
Faut dire que le bras en question était comme qui dirait... tendu, la main bien à plat.
— Au lieu de m’énerver, tu sais à qui c’est ce putain de bras à la con ?
Le langage du réd’chef se métamor-phosait en une éructation que je ne lui connaissais pas.
— Bah... j’ai peu de bras dans mon quotidien... et “tendu” encore moins.
— Arrête tes commentaires de gau-chiste, putain, Neill !
J’ai voulu lui demander ce qu’il avait à mettre du “putain” partout dans ses phrases, un peu comme les ricains avec leur “fuck” ; je me suis abstenu, il était d’une humeur à ne pas cha-touiller.
— Vous voulez que j’enquête, chef ?
Il m’a regardé, silencieux, pendant quelques secondes, genre comme un toutou qui se demande si c’est du frisbee ou du lard à croquer.
— Enfin une bonne idée... je pense que ce... “membre” venu par porteur a quelque chose à voir...
— ...Avec notre rendez-vous ? ai-je... coupé.
Il ne m’a répondu que par un mouve-ment de sa tête, avant de se reretour-ner et de revomir.
Le serveur ; ils sont toujours chics au Flore ; l’a regardé tel un CRS devant une peinture de Pollock... mais celui-là il pourrait pas le revendre.
— Bon, je vais voir. J’ai toujours le 06 du... bras droit de leur chef.
J’ai repris mon carnet de notes, une vieille habitude prise après mes lec-tures de Gaston Leroux. J’ai passé quelques pages.
— Ah... oui... Elrik Vénèr.
Bizarrement, Philoppe s’est détendu.
— Vénèr ?... J’ai déjeuné avec lui lundi dernier, il est plutôt cool, on a bien sympathisé.
Je me suis tu, j’allais prendre le bras dans le paquet pour lui foutre sur la gueule au réd’chef.
— Ah ?... Bon, je vous laisse, chef ; j’vais taffer.
— Ah ! Neill, oublie pas les manifes-tants. Il me faudrait une belle photo.
— D’un de ces jeunes lycéens ?
Il m’a regardé comme si je venais de lui réciter du Sénèque dans le texte.
— Qu’est-ce que j’en ai à foutre... non une poubelle en train de cramer.
Encore une fois, j’ai rien dit.
“Faudrait quand même que je migre vers une aut’ rédac que chez Ducon”, pensais-je.
Je commençais à partir vers la droite sur le boul’Saint-Germ’, quand Ma-chin m’a hélé.
— Où tu vas, Neill... c’est d’l’autre côté le métro !
— Vous inquiétez pas, chef, j’ai tout ce qu’il me faut ; étant donné qu’on avait r’dez-vous ici. Le gusse... l’bras droit, y crèche à Madeleine, et c’est direct si j’prends à Solférino. Vous savez qu’chuis un vrai plan d’trome.[1]
Il m’a regardé comme deux ronds de flan. Il a rien dit.
J’ai vu le serveur et un grand mec sa-pé milord se rapprocher de lui à ce moment-là. J’ai préféré me calter en loucedé.
*
J’ai repris mon pap’lard pour vérifier que je ne m’étais pas planté.
“5 rue Godot de Mauroy... super”.
J’étais sorti au métro Madeleine, j’y avais entendu des bruits de pétards, des cris... de la fumée sortait d’une poubelle. J’ai regardé. “Mais va te faire foutre”, j’ai pensé très fort au réd’chef.
Là, dans cette rue de rupins, c’était un peu plus calme, même si de joyeux jeunes gens étaient au début de la rue en train de faire son affaire à une agence bancaire.
J’ai souri maussade en pensant que j’ai loupé 68 parce que j’étais pas né et que je “loupais” 26 parce que... parce que...! J’aurais voulu me donner une baffe. Au lieu de conseiller les drilles, je me retrouvais à devoir aller interviewer un p’tit naze.
J’ai ouvert une des portes du double battant. Il y avait une liste de noms.
J’ai lu dans ma tête.
“Bardin... Grimaud... ah !... Vénèr ! Bordel, ce trou d’jus est au quatriè-me”.
J’étais pas très joisse. Quatre étages à pied, mais bon, ça me fera mon sport de la semaine.
Je suis arrivé un peu essoufflé à l’étage de Machin.
Il n’y avait qu’une seule porte.
“Elrik VÉNÈR”, gravé dans un petit rectangle doré, placé sur la porte.
J’ai sonné.
Des pas ont résonné.
La porte s’est ouverte.
Le mec en face de moi était... manchot ! Un tissu sanguinolent sur le moi-gnon de son bras droit.
III
En me gueulant dessus, il m’a claqué la porte au nez en me reconnaissant.
— Gauchiasse !
Je suis resté comme un con, le nez contre la porte à me demander si c’était du lard ou du cochon. Pourquoi, alors que je l’avais appelé tout à l’heure pour venir le voir et l’interviewer chez lui... il m’avait fermé la porte au pif, tant est si bien que j’avais du sang qui coulait du nez.
“Ça y est, je suis pas dans la merde”, me suis-je dit, “Philoppe va me passer un savon à la paille de fer.”
Quand je suis redescendu, une fois dans cette rue de rupins, j’ai regardé du côté de l’agence du CIC de tout à l’heure, qui se faisait copieusement dégrafer son distrib’ à biftons à coups de pieds de biche. C’était pas le meilleur moyen, mais la jeunesse est souvent surprenante. “C’est en faisant qu’on devient faiseur” me suis-je rappelé l’antienne de mon père.
En tout cas, les gamins étaient en sacrée mauvaise posture à se faire refaire le masque sur le bitume par des nervis très énervés ; le genre robocop remontés comme des coucous nazis.
“Allez ! Vas-y, me suis entendu penser”, avant de penser “Non, non, Ducon, tu vas aussi en prendre plein la tronche de la part de la SA.[2]”
En loucedé j’ai pris quelques photos, je les ferai parvenir par des “voies diplomatiques” à Médiapart et Blast, inutile de déranger le réd’chef avec ces documents de “gauchiste”.
J’ai souri en mon fort intérieur, “un bon naze, le réd’chef.”
*
C’est quand je suis revenu à ma piaule qu’une surprise m’attendait.
La porte était enfoncée ; je devrais plutôt écrire “fracassée”. Un membre de la SA devant, en train de faire je ne sais pas quoi sur le sol avec une sorte de lumière bleutée.
Je me suis approché.
— Pardon monsieur, mais vous cherchez quoi devant “ma” porte ?
Le type était de dos et à genoux ; quand il s’est retourné, je me suis aperçu que c’était “elle”.
— C’est chez vous ? m’a-t-elle aboyée au visage.
— Woooo, du calme, madame !
C’est là que je me suis retrouvé coincé contre le mur, la tête sur le placo, les mains remontées dans le dos et enfin menotté.
— Vous êtes en état d’arrestation, votre cas est bon !
J’ai essayé de bafouiller quelque chose, à cause de la cloison qui ne me permettait pas d’avoir la bouche dans une position normale pour orthographier les sons.
— Onch dit “vochte chompte aich bon.
— T’es un p’tit drôle !
— Chai pach pluch chaireu deuchmarrer. Maich chou kel chhhephe d’inchulpachion ?
— Meurtre !
*
J’ai fait la connaissance du commissaire Antoine DeLaage, un homme d’une cinquantaine d’années, bien sur lui, certainement par des heures “de salle” et propre sur lui, certainement par des heures de promos sur le net. Il était chauve en tout cas ; ça allait bien avec son tempérament inquisiteur, un mélange de Goebbels et de Kojak[3].
— Tu étais où, hier à 22h30 ?
— Ça fait quinze fois que je vous dis que j’étais avec un copain au pub “The Irish”, rue du Grenier Saint-Lazare.[4]
— Ouaip, ouaip, tu dis ça, parce qu’il n’y a aucune caméra alentour, ni même à l’intérieur.
Si je lui disais que c’est un, sinon le seul pub irlandais où les homos peuvent être tranquilles ; ça risquerait de le mettre en PLS, le pauvre.
— Ben, non, docteur...
Il détestait que je le déprofessionnalise.
— C’est la “quinzième” fois que je te dis de pas dire “docteur” !
— Pourtant, Goebbels était aussi appelé “docteur” !
Je m’en suis mangé une sévère.
— Mais ta gueule... gauchiasse de ioke ![5]
C’est grâce à l’avocat, “deux Maître” Djaou Bekele, que j’ai été libéré et sorti de la bave du représentant de “l’ordre”. Maître Bekele, je l’ai connu du temps où j’avais fait ce reportage quand j’étais jeune reporter, lors de l’évacuation par les CRS de l’église Saint-Bernard. Je l’appelle depuis “deux Maître”, parce qu’il fait réellement plus de deux mètres. Il est impressionnant Djaou.
Quand l’autre l’a vue, j’ai cru à un dessin animé de Tex Avery, où le loup perd sa mâchoire inférieure qui tombe au sol. J’ai failli exploser de rire.
*
On est revenu dans ma tanière, on était assis tranquilles, sur mon canapé de la marque “Trottoir”, un verre de rouge Sidi Brahim en main.
— Alors Djaou, j’suis mal ?
Il m’a fait son grand sourire, qui m’avait déjà ravi en 1996.
— Comme d’hab’, Neill, t’es vraiment dans le caca. Les cognes ont trouvé tes empreintes sur la porte.
— Ben, quelle trouvaille... puisque j’y ai été pour l’interviewer.
— Il a dit que jamais il ne t’avait invité... mais le pire c’est qu’il y a ton sang sur la porte d’Elrik Vénèr.
— Ben ça... normal, vu qu’il me l’a mise sur la tronche... mais pourquoi... au fait, “meurtre” ; s’il est pas mort ?
Djaou m’a regardé au fond des yeux pour déceler chez moi un quelconque mensonge.
— Louis de Raguagnol... il a été retrouvé... démembré.
— Il a perdu un bras ?
— Non... tous ses membres.
— Et après on dit qu’ils manquent de membres chez les nazes !
Ma plaisanterie ne l’a pas fait rire.
— Tu sais. Je t’ai bien dit que tu étais dans le caca. C’est qu’il y a autre chose.
— Ah ?
Alors qu’il allait me dire quoi, une enveloppe glissa sous la porte et alla buter contre une canette de Pils, vide.
Je me suis levé d’un coup, j’ai ouvert la porte.
— Bordel... personne ! C’est Fantômas !
— Non, c’est pire.
Djaou, figé debout au centre de la pièce, l’enveloppe ouverte et un bout de bristol entre les mains.
— Qu’est-ce qu’il y a de marqué ?
— “Un membre vous attend.”
Je ne sais pas si je m’y attendais, moi, ou pas, mais ma non surprise l’a surpris. Mais il fallait que je le sache...
Sur un ton comminatoire, je lui ai posé “la” question.
— Et derrière ?
IV
Antoine DeLaage, commissaire chargé de l’enquête sur la mort de Louis de Raguagnol, démembré et ancien membre du mouvement nazi LVF[6], réd’chef d’un magazine de la même mouvance, Antoine est perplexe.
Dans son bureau depuis le début d’après-midi, il est à lire les fiches de renseignements sur ledit “Neill McGill”, il ne comprend pas comment ce journaleux, pisse-copies pour différents journaux, mais principalement fait-diversier au quotidien “Paris matin”, serait impliqué dans ce meurtre. Et qui disait la vérité quant à l’agression d’Elrik Vénèr ?
Un truc le chiffonnait.
— Gisèle ! Apportez-moi un café.
La secrétaire, qui était occupée à corriger le rapport d’interrogatoire avant son archivage dans le dossier, lève la tête vers son supérieur, sourit et se lève pour obéir à la demande.
Prenant son téléphone de bureau, le fonctionnaire de police compose le numéro de l’institut médico-légal.
— Allô, Jean-Louis... au sujet du cadavre de monsieur de Raguagnol, tu as des éléments à me donner ?
— ...
— Merde !... Les empreintes correspondent avec qui, alors ?
— ...
Le regard effaré du commissaire surprend Gisèle Lacroix, revenant avec un petit plateau et le café demandé.
— Qu’y a-t-il patron ?
Toujours choqué de la réponse qu’il vient d’avoir, il la regarde, l’air absent. Puis il se lève et sur un ton agacé, il lui répond.
— On est dans la merde !
Il sort de son bureau en trombe.
— Henri ! Où est Henri ?
*
Je regardais fixement mon avocat, Djaou Bekele, qui tenait le bristol, qui l’avait retourné, comme je le lui avais demandé.
— Il y a écrit... à la main : “Amuse-toi bien.”
À cet instant précis, mon e-phone a vibré.
— Déso, Djaou... Allô ?
— ...
— Comment ça “un paquet à la réception du journal”... c’est bien à mon nom ?
— ...
— Okay, okay, je passe rapidou tout à l’heure.
— ...
— Quel commissaire ?
— ...
— Ah ! Bon, j’y serai alors, puisque c’est une convocation.
J’ai éteint mon e-phone et je me suis tourné vers mon ami, qui me regardait, presque moqueur.
— Je t’avais dit que tu étais dans le caca, Neill.
Cette fois, j’avais un peu les foies, je crois qu’il l’a remarqué.
— Oui, tu allais me dire ça...
On s’est replantés sur le canap’ et il m’a informé des éléments qui lui avaient été communiqués.
Un sous-fifre de la LVF prétendait m’avoir vu rentrer dans leur local, rue Soufflot, hier soir et ressortir un peu après, avec une de mes manches de blouson déchirées.
Djaou m’a demandé de lui montrer le blouson.
J’ai été le chercher.
Impossible de remettre la main dessus.
— Mais, qu’est-ce que tu as bien pu en foutre de ta p’lure, Neill ?
Je fouillais partout, je savais bien que je l’avais quand j’avais été faire ma virée avec mon mec du moment.
— Merde de merde et remerde de remerde. À tous les coups, c’est Genann qui me l’a chouré !
— Qui est ce “Genann” ?
Djaou connaissait déjà mes mœurs dissolues, j’ai pas répondu à sa question ; je continuais à retourner mon studio.
— Bon, j’lui tél, il a intérêt à répondre ce p’tit con.
*
— Henri, t’es sûr de l’adresse ?
— Ouaip, chef, 212 rue du Chat qui Pêche, c’est ce qu’il y a d’inscrit sur son passeport, à votre client, Matthew Lock.
Le commissaire sent la moutarde lui monter au nez, juste avant de péter un câble.
— Mais bordel de merde de saloperie de chaude pisse de nonne... comment un canadien peut-il nous berner comme ça ! Des vrais-faux faf’lards[7]... comme au temps de la prohibition !
— Ouaip, chef...
— Il turbine où l’zoziau ?
— Aux dernières nouvelles, y postillonnait à la Radio, chef.
— Laquelle ?... Fonce-y !
— À vos ordres, chef.
*
Je venais d’avoiner le pauvre Genann qui n’en savait pas plus que moi de ce blouson, et qui, en effet, le trouvait coolosse. Je me suis tourné vers Djaou qui me regardait de son œil mesquin.
— Te fous pas de ma gueule, je suis vraiment...
— ...Dans le caca !
Ça pour sûr, que j’étais vraiment dans la merde jusqu’à la crête.
Soudainement, je m’en suis rappelé. Comment j’avais pu oublier ça.
— Ça y est... je me souviens.
Djaou me souriait, l’air con. Je lui ai rendu le même sourire. Je me suis rassis en soupirant, dépité.
— Tu veux en informer ton avocat ?
— On me l’a piqué.
— Où ça ?
— Au pub... The Irish !
V
Le commissaire DeLaage se précipitait dans les studios de Newrope, la radio d’extrême-droite, laissant son adjoint, Henri Plisse, dans la voiture.
Il écartait du coude le garde à l’entrée en lui présentant sa carte professionnelle à la volée.
— Où est le studio où se trouve Matthew Lock ?
Le type, éberlué par cette arrivée en trombe, lui fit juste signe du bout du doigt pour lui indiquer l’escalier.
Toujours sur un ton comminatoire, la question fusa.
— Quel étage ?
— Premier... sur la gauche, inspecteur...
— Commissaire ! Commissaire !
Sans attendre les excuses du préposé à la sécurité, il enjamba le tourniquet.
— ...promotion de l’idéal diversitaire justifie un harcèlement médiatique permanent pour amener les populations à s’y convertir et...
L’animateur de l’émission “Face à Lock”, Matthew Lock, fut coupé dans son laïus habituel lorsque le commissaire déboula dans le studio.
Il remarqua instantanément le blouson déchiré posé négligemment sur le dossier de sa chaise. C’est apparemment ce qu’il désirait confronter à ce qu’il pensait.
— Matthew Lock... vous êtes en état d’arrestation !
Le commentateur nationaliste se leva d’un air outré.
— À quel titre ?
— Au titre de ça !
Le commissaire lui mit devant le nez une photo le montrant sortant d’un restaurant parisien fort prisé par l’extrême-droite et portant, hier soir assez tard... un blouson un peu déchiré à la manche.
*
Au même moment, Neill et son ami avocat, Djaou Bekele, entraient dans le pub The Irish. Il était à peine dix-neuf heures et il y avait peu de monde encore. Maître Bekele eut l’air surpris.
— Mais, il n’y a personne dans ce rade ?
Neill lui mit une main amicale sur l’épaule.
— C’est pas l’heure... beaucoup trop tôt pour les copines !
Et il se tourna vers un barman en train de finir de ranger des bouteilles de whisky, un jeune mec aux cheveux roux.
— Salut Sean, dis... tu te rappelles d’hier soir ?
— Ça pour sûr, camarade... t’en tenais une louche.
Un peu gêné, Neill toussota un peu en se râclant la gorge.
— Ouaip, ouaip... mais, quand je suis arrivé, tu t’en souviens ?
— Oui, tu tenais encore debout...
— N’insiste pas... mais en ressortant, est-ce que j’avais mon blouson... tu sais, celui avec le logo sur la poitrine.
Sean se concentrait pour se remémorer hier soir. Au bout de quelques instants, tel Archimède, son visage s’illumina.
— T’as raison... fuck ! Tu n’avais pas ton blouson quand ton pote et l’autre t’ont porté jusqu’au taxi qui attendait.
L’air suspicieux de Neill inquiéta un peu le barman, qui se recula un peu plus derrière le bar.
Neill prit un ton plus agressif.
— Quel autre type ?
— Un mec assez petit, plutôt... rond. Mais fuck ! J’me rappelle... c’est lui qui avait “ton” blouson sur les épaules... ça m’a même étonné. Je sais que tu l’aimes bien ton truc de la guerre de 68, mais j’ai pas voulu intervenir.
Djaou se tournait vers son ami.
— 1968 ?... Mais, t’étais même pas né.
En continuant de dévisager Sean, de plus en plus anxieux, Neill lui répondit d’un ton sarcastique.
— Je sais, pas comme toi... c’est mon daron, Djaou.
Puis, dans une sorte de réminiscence, une image lui revenait.
— Bordel ! Je me rappelle ce type...! Oui... c’était...
Il s’interrompit tout à coup.
— ...Il faut que j’aille au journal, j’ai un truc à prendre. Tu m’accompagnes encore, Djaou ?
— Je préfère... dit-il, méfiant.
*
Le commissaire, après avoir interrogé Matthew Lock, restait pensif. Il remettait dans son esprit les pièces du puzzle en place quand le téléphone à côté de lui sonna.
— Allô ?
— ...
— Ah... et donc, Jean-Louis... passe-moi les détails... et dis-moi à qui appartient ce bras !
— ...
— Comment ça... pas à Elrik Vénèr, tu te fous de ma gueule.
— ...
— Okay, okay, je m’emporte, mais ce putain de bras alors !
— ...
— Bon, bon, il est tard, on voit ça demain, en plus j’ai une confrontation entre McGill et Vénèr ça va pas être simple avec ces gugusses.
— ...
— Toi aussi, bonne soirée.
*
Neill et Maître Bekele arrivèrent à la rédaction de “Paris matin” sur les coups de dix-neuf heures trente.
Le journaliste s’approcha, très souriant, de la jeune femme qui était à l’accueil de nuit.
— Bonjour monsieur, en quoi puis-je vous être utile ?
— Je suis de la rédac’, McGill, ma grande... dis... il paraît que j’ai un paquet pour moi qui m’attend.
La jeune fille, se pencha et souleva un long paquet avec un ruban rouge le ficelant très joliment. Elle le posa devant elle sur le comptoir.
— Voilà, monsieur.
(bientôt la suite)
[1] Votre servante est une ancienne parigote (47 ans là-bas), et le métro... je connais !
[2] Mon personnage, Neill McGill, a décidé d’appeler ainsi la Police Nationale et ses dérivés... c’est un choix personnel.
[3] Série télé du temps de quand les mammouths broutaient encore dans les champs.
[4] Ne le cherchez pas, c’est un vieux souvenir, et j’ai placé le pub, là, par plaisir. NdA
[5] Prononcé ici par un mononeuronal.
[6] Ligue de la Vraie France.
[7] On notera ici, qu’en bon parisien, le commissaire sait bien que cette rue est la plus courte de Paris et donc n’a évidemment pas 212 numéros. NdA”