Le Dernier Problème est l’un des textes les plus importants du canon holmésien. On apprend dans ce récit l'existence du professeur Moriarty, un génie du mal à la tête du crime organisé londonien. Les deux hommes périssent dans les chutes du Reichenbach à la fin du récit.

EXTRAIT



“C’est avec une profonde tristesse que je consacre ces dernières pages au souvenir de mon ami Sherlock Holmes, dont les facultés si exceptionnelles ont inspiré tous mes récits.
Je me suis donné pour tâche de dévoiler au public les faits vraiment extraordinaires auxquels je me suis trouvé mêlé, depuis l’époque où un hasard particulier nous a réunis autour d’Une Étude de rouge, jusqu’au moment où mon ami a dû intervenir dans l’affaire du Traité naval.”

ISBN 9782851220189

Imaginaire n°622
lundi 18 mars 2024
inspirée par
“Le dernier problème, The final problem”
d’Arthur-Conan Doyle
 
S’inquiéter, c’est déjà se préparer.
 
C’EST VRAIMENT DU BON
 
— Regarde Willy... c’est Joan[1] !
— Woooaa ! Le panard d’acier.
— Ruth, tu fais tourner... fais pas de rétention.
— Déso, Joyce... tiens.
— Mmmmh, ! Ça c’est de la bonne.
William, Ruth et Joyce sont frères et sœurs. Il pleut depuis la fin d’après-midi dans cet immense champ rempli de près de deux cent mille personnes, en cette nuit du vendredi 15 au samedi 16 août 1969.
— Willy, tu as vu maman ?
— Tout à l’heure, elle s’ébattait dans l’eau là-bas. À poil.
— Faut vraiment qu’elle fasse jamais comme tout le monde, sourit Ruth.
— Ben ouaip... c’est pour ça qu’on est là avec elle.
— J’imagine Woodstock en 1920... avec toutes les suffragettes à poil en train de danser.
— Woooa, si t’en est là c’est qu’elle est meilleure que je ne pensais, cette beuh.
— Tiens... je te l’repasse, j’vais aller voir maman.

***

Ruth s’approche de la rivière, où Margaret s’amu-se dans l’eau avec des enfants.
— Eh... maman !
Elle lève la tête et se met à rire.
— Viens Ruth, ma grande ! On va se faire un water polo.
— T’es chiée, on est venus ici pour la zique, par pour les sports nautiques. D’autant qu’il y a Joan Baez, là !
Juste à ce moment-là, la chanteuse entame “Joe Hill”.
Le visage de Margaret s’illumine dans la lueur de la lune.
— Tiens... “Joe Hill” ? Je vous ai jamais dit que je l’avais croisé, toute petite, sur les docks de San Pedro[2] ?
— Non, maman, non... mais viens !
C’est quand la musique s’arrête que Margaret sort de l’eau, en riant comme les enfants qui vont rejoindre leurs parents ici et là.
Il est tard, la pluie a tout de même cessé depuis quelques instants. Margaret remet son pagne, celui que son troisième mari, un hindou, lui avait offert après leur première nuit. Ruth le remarque.
— Pffff, tu as encore ce machin.
— Oui... souvenir du Népal.
— On sait... 1940... Alexandra David-Néel.
Ruth et sa mère retrouvent les autres. Assis en tailleur, un nouveau pet passant de main en main.
— Maman, t’as pas trop fumée, j’espère ?
— Pourquoi tu me demandes ça, Willy ?
— Comme ça... comme ça.
— Ben tais-toi et passe-moi l’bout !
— Tu sais on tient à toi, maman, dit très gentiment Joyce, inquiète comme son grand frère.
Margaret leur sourit.
— La mort... ma mort, un truc, et c’est Joan qui me l’a fait rappeler... à propos de Joe Hill. Voilà mon testament :
Mon testament est facile à décider, car il n’y a rien à diviser, ma famille n’a pas besoin de se plaindre et d’ergoter, “Pierre qui roule n’amasse pas mous-se”. Mon corps ? Ah, si je pouvais choisir, je le laisserais se réduire en cendres, et les brises joyeu-ses souffler ma poussière là où quelques fleurs pousseront. Ainsi peut-être qu’une fleur fanée reviendrait à la vie et fleurirait une nouvelle fois. Ceci est ma dernière et ultime volonté...
— C’est de Hill... et maintenant... de moi. Mais ma mort c’est vraiment mon dernier problème !

[1] Joan Baez.
[2] Californie. Joe Hill, né Joel Emmanuel Hägglund, syndicaliste, membre du syndicat américain Industrial Workers of the World et auteur de quelques textes de chansons. Exécuté pour meurtre après un procès controversé, il est devenu une figure des luttes sociales. La mémoire de Joe Hill a été entretenue par les chanteurs contestataires comme Joan Baez. Bob Dylan a dit que l’histoire de Hill était l’un des motifs qui l’ont poussé à écrire des chansons.