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LE FOSSÉ D'HASTINGS un roman épique NEUVIÈME TRIADE Chant XXV Le calme étant retombé dans la tête de Robert, Le père, Roi Guillaume, peut s’occuper Il y a tellement à faire en son grand royaume. « Éloi, il faut que tu te rendes, discrètement, À Roskilde, en la capitale de Knut[1], Il s’agite, et je te sais habile à dénouer les fils, Déjouer les mauvais embruns de la vie. » Éloi, fidèle des fidèles, laisse paraître sa surprise, « Mais je n’y connais âme qui y vive, En cette ville brumeuse et d’austère œil. » Le roi toujours heureux de l’honnêteté, Son sujet Éloi ne l’a jamais détrompé, « Ne sois pas dans l’inquiétude, mon ami, Un autre sera de partie, que connais bon. » Encore plus surpris, Éloi roule des yeux, « Ah, mais ça mon roi, vous vous moquez ! » « Par la croix ! Non pas... votre Eochaid, Vous rappelez-vous qu’il fut soldat Et soldat émérite, paraît-il, du Roi Sven II. » À cet instant, tel en théâtre, Eochaid entre dans la grand'pièce, Laissant coi son ami Éloi, il se jette dans ses bras. Quinze jours à peine plus tard, le 4 mars, Les voilà entre les vagues puissantes En mer du Nord, partis de Great Yarmouth Un vent à décorner Belzébuth souffle. Eochaid à côté d’Éloi, sur le pont, s’approche, Son ami semble peu habitué de cette eau agitée, « Eh bien ami, vous allez retourner Le pain de ce matin à la mer ? » Un grand rire d’abord accompagne la saillie Avant qu’effectivement le repas y passe. Chant XXVI Ce n’est qu’en septembre 1081 qu’Éloi revient, Accompagné d’Eochaid, sa mission, est un succès. « Alors, Éloi, dis-moi que prépare Knut ? Je sens chez ce grand et respectable souverain, Tant sa foi et ses besoins sont criants, Un danger souterrain, une volonté de fer. » « Roi Guillaume, vous n’avez pas tort, L’année passée en ce pays froidureux Nous a appris beaucoup de choses sur tant, Et volonté belliqueuse dont nous avons eu preuve. » « Comment cela ? Dis-moi, montre-moi. » « Malheureusement, la lettre que Knut envoyât À Robert le Frison, comte de Flandre, Où il était question d’une alliance, confortée Avec Olaf de Norvège[2], réputé pourtant “tranquille”, La lettre a brûlé lors de l’incendie de notre navire Avant le retour, prouvant notre raison de fuir. » Le roi semble déquiet, des rois s’unissant, Contre lui préparant telle aventure de guerre. « Bien, je vais garnir nos côtes de quelques troupes, Ainsi parées, elles seront en ordre, Mais en ayant l’air de n’en rien faire. » Eochaid et Éloi apprécient la stratégie de leur roi. Ce qui est dit, est fait, alors qu’Éloi sur les routes, est. Avec tant hâte de retrouver sa terre Pourtant si proche de ces scots si agités, Mais les sachant tant fiers et prompts à l’honneur, Il n’était guère inquiet, Respectueux lui-même de leur Histoire, Leurs croyances et traditions païennes. Quand il arrive, le 4 octobre 1081, La tristesse l’accueille en son domaine, Son petit-fils, Ralph, est mort en sa troisième année. Chant XXVII Le petit cercueil est en terre normande, Son grand-père vient s’y recueillir, C’est l’occasion d’un pèlerinage À Jumièges, se rend en retraite, Pleurant et priant pour sa descendance. « C’est la volonté divine, mon père », Lui dit Huguelin à l’huis de Fontaine-Haute Au printemps 1082, si agréable de renouveau. « Et regardez, Eudes nous est né, De l’année passée où vous fûtes en Danemark. » Heureusement que cette nouvelle chance De continuité de son nom est là. Mais en 1083, il doit retourner en Cumbria, Les mots qui concluent un courrier l'affolent, « Faites prestement, mon Maître. » Éloi accoure pour essayer de calmer L’atmosphère chargée, portée par le Nord, Est palpable, il lui faut jouer serré Moult caresses diplomatiques, Promesses jurées et cadeaux et souris. Enfin, à la Noël 1083, le chef du Moray, Máel Snechtai mac Lulaich, Brigand pour Guillaume, rebelle pour Malcolm[3], Est à la table du baron pour sceller la paix. « Alors, baron, comme ça tu es né normand ? » « Oui da, Maître Máel, mais devenu de cette île, D'Albion de foi, de cœur et de bras ! » L’écossais, touché par ces mots, Il se lève violemment, bousculant Protocole et chaise en un seul mouvement. « L’ami, tu parles bien notre île, Demande, et mon sabre sera tien, Je le jure sur le saint nom de Jésus. » [1] Kunt IV, descendant des rois de Norvège et Danemark. [2] Olaf III de Norvège (1050-1093). [3] Malcolm III, roi d’Écosse (1058-1093). lundi 2 février 2026, “Le fossé d’Hastings” 10ème triade chants 28 à 30.