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Imaginaire n° 785
jeudi 3 avril 2025
L'OMBRE DE L'ÉCARLATE (VII)
- Seconde disparition -
Quelques jours plus tard.
Le 5 octobre 1902.
— Maman, on doit partir !
— Oui, Gustave, je finis d’aider ta petite sœur à s’habiller. Tu as acheté le journal ?
— Les journaux, maman... Le Figaro, comme tous les jours, et La Croix. Monsieur Gachont était vraiment surpris que j’achète le journal catholique.
— Ah oui ! dit-elle en riant presque... Octave, ça a dû lui faire un choc. Sacré anar. Bon, nous sommes prêtes.
La mère et la fille sortent de la chambre des enfants.
— Et que dit La Croix ? demande Colette.
— “Le cortège des obsèques de Zola défilera entre deux cordons d’agents de police. Dreyfus a déclaré qu’il n’y assisterait pas. On croit que cela suffira à éviter tout désordre.” Il y a aussi un article d’un certain “Pierre l’Ermite”.
— Tiens, tiens... un pseudo, certainement.
Gustave rit avec sa mère.
*
— Ah, mon très cher fils, que ce fut émouvant ces paroles sur la tombe du grand homme (cf. “Appendice”, ci-après cet épisode). Monsieur France a été si parfait.
— Je me souviens, maman, tu m’avais offert avec le petit vélo pour mes dix ans le livre de monsieur France, Le Procurateur de Judée, qui dépeint si bien l’immonde antisémitisme.
— Je me rapp...
En un instant, Madeleine, dont les cheveux étaient redevenus aussi blonds que les blés... reprennent cette teinte de roux presque rouge, et ses yeux se voilent d’un blanc étrange.
Elle devient transparente.
Sa bouche exprime l’horreur.
Soudainement :
— Noooon ! Pas ça
!
***
20 décembre 1881.
Devant le n°112 de l’avenue d’Orléans.
Le kiosque est plongé dans un clair-obscur. Celui-ci a pu voir le jour grâce à la loi sur la presse, de juillet, qui a démultiplié le nombre de titres de journaux de toutes sortes. Son jeune propriétaire, Octave Gachont, arrive à peine en cette fin de nuit, avant la livraison des quotidiens.
Le café “Le Jeanne d’Arc” est déjà ouvert ; quelques ouvriers prennent leur café, une petite pause prolétaire avant le travail.
— Alors, Octave, tu as reçu L’Intransigeant ?
— Non, pas à cette heure-ci, Louis... sers-moi un grand café, s’il te plaît. Ma bourgeoise m’a bien emmerdé avec cette histoire de pognon. J’suis parti en claquant la porte.
— Et ton affaire de kiosque ?
Octave a l’air un peu ennuyé.
— Bah... j’ai réussi à trouver un... commanditaire, compréhensif et généreux.
— Ah oui, j’vois. Le vieux ?
Octave relève la tête, il serre les dents.
— Ouaip... ben tu l’oublies ! J’me barre, tu peux l’garder, ton café !
Tout le monde le regarde partir, estomaqué par son attitude agressive.
De loin, alors que le patron, Louis Bouillon, boit le café qu’il avait préparé pour le kiosquier et que les clients ont repris leurs discussions, tous entendent un cri :
— Noooon ! Pas ça !
***
Colette et Gustave sont pétrifiés en voyant la petite crier.
La mère, sous le choc, ne sait quoi faire. C’est la fin de journée, à qui pourrait-elle demander de l’aide ?
— Gustave, tu veux aller demander à monsieur Gachont de prévenir l’hôpital ?
Le garçon se tourne vers sa mère, mi-inquiet, mi-étonné.
— Qui ça, maman ?
— Ben... monsieur Gachont, le marchand de journaux d’en bas, voyons.
— Mais maman, c’est une dame qui tient le kiosque depuis toujours... Germaine Latour.
***
— D’autres voyages de Colette ? interroge le père Simon Applegood.
— Oui, après le Pérou, elle est venue habiter ici quelques semaines. D’ailleurs, j’ai voulu lui offrir la chambre que nous partagions quand nous étions enfants. Elle a refusé... sur un ton qui m’a surpris. Mais ça s’est bien passé par la suite, avant qu’elle ne reparte, cette fois en Égypte.
Le prêtre à l’air étonné.
— Sur les traces de son ancêtre, Ignace Lamorie ?
— Non, ce soldat de Napoléon ne l’a jamais préoccupée, d’autant qu’il est mort pour désertion.
— Oui, mais en Égypte !
— Certes, mais il s’agissait ici d’un de leurs dieux, Apophis.
— Mais que pouvait-elle chercher dans ces voyages... un remords lié à la mort de votre mère ?
— Plus ou moins, mon père, il faut dire que ce qu’elle a vécu enfant et les circonstances étranges de la mort de maman donnent à réfléchir. Ces lueurs extraordinaires, que j’ai moi-même vues enfant, je ne peux que comprendre ses recherches.
— Quelles lueurs, Gustave ? demande le curé, prénommant son hôte pour la seconde fois.
— Ça s’est produit plusieurs fois en fait... en 1902.
*
C’est Tenzin qui vient réveiller Madeleine, vers cinq heures du matin. Il ouvre doucement la porte et s’approche de son invitée.
— Madeleine Lamorie ?
Elle ouvre un œil, reconnaît le lama, et se lève encore dans les embruns de son sommeil.
— Oui, Rinpoche ?
— Il est tôt, mais le lever de soleil sur l’Himalaya... tu n’en as pas encore profité.
Elle lui sourit, comme s’il lui offrait un passage vers le monde des dieux.
— Oh, merci !
— Tu prendras ton thé en même temps, un moment de concentration qui me semble utile.
Sortant de la brume matinale, le cercle solaire commence à dépasser les sommets enneigés.
La tasse de thé, en suspension entre la table et ses lèvres, se fige. Elle a les yeux fixés, à peine ouverts, comme quand on entrouvre une fenêtre pour apprécier une belle journée. Mais son regard s’obscurcit. Un voile, une brume orangée apparaît, cachant le soleil.
(suite au prochain épisode...)