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LE FOSSÉ D'HASTINGS
un roman épique

QUINZIÈME TRIADE
Chant XLIII

Pour Henri, Roi d’Angleterre ne sert,
Aussi haut qu’on soit placé, l’affliction frappe,
À la parfin, personne n’y échappe, son fils trépasse
Sauf un boucher en l’irritant humour du destin.
En 25 novembre 1120 si funeste,
Toute une belle jeunesse qui périt en mer.
Certains ont pu répéter tant et tant,
Qu’en blasphèmes ils s’étaient rendus coupables.
Certes, ils avaient rabroué curés en leur bénédiction,
Aussi Dieu y est certainement pour décision,
Mais c’est grande tristesse par jugement si dur.
Fils aîné de Guillaume, Richard en réchappa,
Étant lui et son père sur le navire du roi,
En furent tant navrés que leur souverain.
La mort d’Adelin, fils d'Henri d'Angleterre,
En ses dix-sept années est parti joindre
Sa mère, deux ans passés après,
On l’espère, en Paradis divin.
Un an se passe, et en secondes noces
Le roi Henri se remarie enfin,
En consentement tacite de son seul héritier,
Mathilde, née un an avant l’épouse.
Malheureusement, Adélaïde reste vide,
Henri se voit privé de perpétuation directe.
Il se résout, comme le rapporte le chroniqueur :
“Rex Henricus tenuit curiam suam
Ad Nativitatem Domini apud Windlesoram,
et ibi tota proceritas fidem dedit,
ut post mortem ipsius Anglia cum Normannia
Ad filiam eius Mathildem deveniret.”[1]


Chant XLIV

Mathilde, veuve de l’Empereur Henri cinquième,
Se remariera plus tard, et aura trois enfants mâles,
Dont Henri II reprenant flambeau d’Angleterre,
La suite de l’Histoire sera contée en temps.
En 1124, le 24 décembre, naît à Richard,
Fils de Guillaume d’Aspatria, un premier-né, Henry.
« Quel beau prénom mon fils, dit le baron,
Que celui-ci lui soit félice et tienne réputation. »
Mais Richard, après la naissance de sa fille Agnès,
Portant le prénom d’une de ses sœurs à lui,
Une sœur morte en si petit âge,
Doit souffrir en l’an 1126, la mort de son père,
De par vieillesse et faiblesse de cœur.
Quoi qu’il en soit des drames et douleurs,
Le domaine des barons d’Aspatria est florissant,
Aiguisant les appétits des aigris,
Par incursions entre le manoir et Carlisle.
Ainsi village de Wigton, qui fournit en nourriture,
Par nombreux bras, est souvent cible,
Or donc, Baldwin frère cadet de Richard, est mandé
En sa jeunesse pour soutenir les paysans,
Et par son épée et courage les défendre.
« Baldwin, tu as fait ton possible,
Cependant en allant à la noce,
Je gage que ce mariage de notre sœur, Isabel,
Avec Hugh de Carlisle, troisième fils du comte[2],
Qui lui est tant agréable au surplus,
Les incursions cesseront dans la suite. »
Tel fut le cas, les navrements quittèrent
Comme de par enchantement, les champs,
On ne sait si l’un a rapport de l’autre,
Mais le fait est là, et Isabel partage,
Mais de tant différente manière, sa joie.


Chant XLV

Henri appelle Richard à sa cour,
Ne l’ayant croisé que peu, il tient
Par encontre le connaître, soupeser sa valeur,
Car il pourrait en avoir besoin.
Ainsi, ce mercredi 18 avril 1128,
Le baron d’Aspatria et le roi sont à messe,
En chapelle, tous deux simplement,
Et un soldat pour garde du roi.
« Pardon mon roi, puis-je décoffrer mes mots ? »
Demande Richard, regardant le militaire, stoïque.
« En quiétude soyez, Richard,
Le voilà aussi sourd qu’objet inanimé.
Je veux d’abord vous connaître,
J’ai quelque mission à vous confier,
Votre père m’était si loyal que je crois,
Qu’en vous-même il est aussi. »
« Soyez-en sûr, mon roi, ma vie,
Si tant est qu’elle soit utile, est vôtre ! »
« Ah, je reconnais en vous Guillaume,
Eh bien voilà, j’ai quelques soucis
Avec Gruffudd ap Cynan, roi du Gwynedd,
En Pays de Galles, sur notre flanc ouest.
Veux-tu m’y représenter et chercher
Avec ce turbulent Gruffudd,
Un moyen de nous accorder,
Mais sache qu’il est réputé de loin,
Tenace, vindicatif, rusé et habile diplomate. »
Sans même attendre plus,
Comme son père et son grand-père avant,
Il clame l’amour de son roi et fidélité,
Par éternel serment devant Dieu.
Le roi, touché, comme il le fut du père.
« Richard, je suis plus que ton roi,
Compte-moi en réelle amitié. »


[1] Le roi Henri tint sa cour à Noël à Windsor,
Tous prêtèrent foi pour que l’Angleterre et la Normandie,
Après sa mort, passent en possession à sa fille Mathilde.
Chronique anglo-saxonne, version de Peterborough (année 1127).
[2] Tout à fait fictif, inventé pour les “besoins de la cause”. NdA

lundi 23 février 2026, “Le fossé d’Hastings” 16ème triade chants 46 à 48.