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LE FOSSÉ D'HASTINGS
un roman épique
VINGT QUATRIÈME TRIADE
Chant LXX
Noël 1158, Henry, aîné du baron
Dont le cœur était pris de long temps,
Va enfin en noce en ce beau jour
De la naissance de notre Seigneur Jésus
Avec une des filles d’Edwin atte Weye,
Marchand fort aisé d’Abingdon,
Commerçant de laine avec les Flandres
Ainsi que Normandie, faisait fortune.
Henry fit connaissance d’Isabel,
Lors que le baron, accompagné de son fils,
Avait servi de protection à Mathilde.
Il était temps du mariage, car la jeune Isabel
Ne pouvait plus cacher son ventre ja fort rond.
« Comment appelleras-tu ton premier né ? »
Demande Richard à son fils, futur père,
« Si c’est un fils, ce sera William. »
Henry, riant de gorge déployée,
« Mais diantre ! Ce sera un fils, par Dieu ! »
La noce continue et se termine bien tard.
Le début 1159 est plus triste pour le baron,
Au matin du 3 janvier de l’an nouveau,
Un moine du prieuré de Beacon Hill,
Tout hors d’haleine, accoure en larmes,
« Votre seigneurie, Beacon Hill est aux flammes,
Une horde de méchants Scots venus piller
Vos terres en sont les ignobles auteurs. »
Le temps de se chausser et de courir sus,
Les brigands ont fait retour en leur pays,
À la grande fureur du baron,
« Je vais quérir réparation auprès de Malcolm IV,
Le jeune roi des Scots me doit sa vie à Scone,
Le jour de son couronnement. »[1]
Chant LXXI
L’histoire du “complot de Scone” est bien navrante,
C’était il y a ja cinq années de là.
Richard avait fait encontre d’Ewan MacKinnon
Lors du traité de Durham, le Scot fier et droit,
Était devenu Seigneur de Lochfinlay.
Aussi, pour le sacre du jeune et gracile Malcolm,
Richard fut invité par Ewan au sacre à Scone
Ce 24 du mois de mai 1153.
Un complot ourdi par un clan du nord,
On cite par murmures MacHeth ou MacDuff.
Cela débuta la veille du couronnement,
Lors que Richard se préparait à aller à sa couche,
Le bruit discret d’un papier passant sous porte
L’intrigua fort. Il prit le message où était écrit,
“Dans le calice doré, le vin s’endort,
L’ombre d’une aile glisse sans bruit.
Que nul ne voie l’ombre qui mord,
Sous l’œil du jour, la vipère s’ennuie.
Le cortège avance, l’astre veille,
Que la main fidèle tende le don.
L’or ne trompe point la main qui veille,
Et seul le sage éteint le poison.”
Le lendemain, Richard, aux aguets
De chaque mouvement de serviteur
Allant qui-cy qui-là avec plateau de coupes,
Vit bien l’un d’eux au regard chafouin,
Le nez gouttant, porter vers le nouveau roi
Une coupe remplie à ras bord.
Par manœuvre élégante, il bouscula le laquais,
Renversant la putride boisson, puis s’excusa,
« Oh, mille pardons, que maladroit je suis. »
Ce qui fit rire alentour et le roi sauvé.
Il raconta l’histoire au jeune roi, un peu plus tard,
Qui fit occire ceux qu’il soupçonnait,
Cette histoire reste muette encore ce jour.
Chant LXXII
Au retour de Richard d’Aspatria
Du pays des Scots, et fort aise de belle bourse,
En dédommagement des mauvais traitements
Que firent les sujets de Malcolm
Au prieuré de Saint Patrick.
Là, les travaux de réparation
Sont déjà en cours sous la surveillance
D’Alan, dernier né du baron,
Qui s’entend si bien avec les hommes,
Malgré sa tournure simple et frêle.
« C’est une fille », Henry tout souriant
Vient annoncer au baron, son père,
« Eh bien soit ! De quelle manière
L’avez-vous prénommé cette première née ? »
« Éleanor, mon père, de cette geste,
Dont vous me fîtes lecture en mes jeunes ans. »
« Ah, oui da, il m’en souvient encore,
Cette jouvencelle d’Armorique,
Amoureuse à la folie d’un puceau
De Rouen, et qui le déniaisa
Par maints attouchements audacieux. »
Agnès, qui est là à ouïr leurs rires,
Rougit d’entendre choses si paillardes.
Tournant tête vers ses enfants,
Hugh et Robert les beaux jumeaux
Et la jeune Matilda, jouant alentour,
« Allons mes enfants, veuillez clores
Vos oreilles, car ces mots ne sont pour vous. »
C’est tout de même par curiosité naïve
Que porte tant en elle Matilda,
Qui vient à poser question à sa douce mère,
« Déniaiser ? Quel est donc ce verbe, mère ? »
« Plus tard, plus tard... tiens vas,
Et cherche-moi donc coupe d’eau fraîche. »
[1] C’est ici une fiction, mais plausible à l’époque.
vendredi 27 mars 2026, “Le fossé d’Hastings” 25ème triade chants 73 à 75.