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LE FOSSÉ D'HASTINGS
un roman épique
VINGT SIXIÈME TRIADE
Chant LXXVI
« Tenir marché sans payer impôt au roi ?
Que belle nouvelle voilà,
Nos terres vont pouvoir s’embellir »,
Complimente Isabel, l’épouse du baron
En retour de sa mission royale.
« Mais surtout, nos humbles habitants
Vont pouvoir ainsi écouler plus aisément
Le travail de leur bras et temps »,
Rectifie le doux baron, à sa femme.
Lors qu’en février 1168 le roi marie sa fille,
Mathilde au duc de Saxe, Henri dit “le Lion”,
Le baron vaquant en son domaine,
Il entend ménestrel chantant joyeusement,
“Trois Henry font parade, couronne, lit et étal,
L’un épouse la fille, l’autre brandit son étendard loyal ;
Le dernier, malin, vend son marché sans émoi,
Tous Henry... mais quand rit plus que moi ?”
Cela l’amuse fort, ainsi tant est
Qu’allant féliciter l’auteur non niais,
Au contraire, tant fier et sans peur,
Que le baron Henry lui propose
Très simplement d’écrire pour lui.
« Va, ménestrel, et tords ta langue
Autant qu’il te plaira ; je veux t’engager
Pour que me conte histoires de tes vers,
Car je souhaite rire des temps que vivons
Et s’il t’en chante, sur scène en mon manoir. »
Ainsi, Aodh Fenwalker le ménestrel,
Est de ce jour en manoir d’Aspatria,
Égayant de ses vers soit tristes ou grivois,
Dépeignant de ses beaux vers, les temps,
Les gens et les mœurs d’Angleterre.
Chant LXXVII
Le 17 du mois de mars 1168,
En cette fête de la Saint Patrick,
Sur la place centrale d’Aspatria,
A lieu le premier “Marché du baron”,
Comme les habitants rendant grâce,
Le nomme ainsi par hommage.
En même mois que Bretagne passe à Henry II
Par force et mariage bien arrangé,
Forte troupe d’Angleterre débarque
Au sud de l’île d’Irlande, à Waterford,
Pour remettre le roi de Leinster sur trône,
Mais aussi pour affirmer suzeraineté
Du roi d’Angleterre sur ces terres.
Henry d’Aspatria en est bien fâché,
Mais il ne montre rien, en prudence,
Convaincu qu’Irlande doit rester telle.
« Mais, mon ami, nous-mêmes
Ne venons-nous pas d’outre fossé d’eaux ? »
S’étonne Isabel, assez simplement par naïveté.
« C’était, je vous rappelle, ma mie,
Par droit de la parole d’un roi,
À notre conquérant, Guillaume,
Et non par conquête chattemite. »
À la demande du baron, Fenwalker,
Né sur la terre des mythes d’Irlande,
Écrit la tristesse de nos deux-là,
“Le cœur se serre, voyant la mer lourde,
La flotte du roi vogue vers rivages fiers ;
Mais collines vertes et lacs aux eaux sourdes
Gardent encor chants de fées en leurs prières.
Leurs vents traversent bois de merveilles,
Toute pierre, tout mont respire un peuple libre ;
La conquête avance, mais l’âme d’Irlande veille,
Par feux de druides en clairières qu’on ne brime.”
Chant LXXVIII
En 1171, le roi, par entremise,
Sait le désarroi de son vassal,
Dont tant il a besoin pour sauvegarde
De ses frontières nord, face aux Scots.
Il sait la bonne entente d’un aux autres,
Aussi il ne tient rigueur, sachant l’homme droit,
Qui tant ne fera complot contre lui,
Le roi dit même :
« Henry the Valiant, comme nomme
Les chants dont j’ai lu les paroles,
Que me rapporte toujours Osbert
Mes yeux et oreilles en ces contrées. »
Au mois d’octobre, le 17,
Au port de Waterford, Henry II débarque,
Ses troupes, à ce qu’on dit,
Sans résistance ont été jusqu’à Dublin.
La cité se donne au roi d’Angleterre
Sans maudire ni fracas d’arme.
Aodh Fenwalker, pleurant, écrit
Sa grand peine de ce triste fait,
“Les vents pleurent sur les collines désertes,
Le sable des anciens forts s’éparpille,
Et le cor résonne où jadis fleurissaient
Les chants fiers des hommes sans plus de patrie.
Sous l’ombre du roi venu des mers,
Les drapeaux d’émeraude ploient et se meurent,
Et mon cœur s’incline, lourd de silences.
Les pierres des rivières ont gardé la mémoire
Des feux sacrés éteints par la main étrangère,
Le vent emporte la voix des ancêtres,
Lors je marche seul où l’ombre se fait roi.
Ô terre perdue, mon âme te pleure,
Chaque arbre me raconte l’exil,
Et mes doigts frôlent le vide des siècles.”
vendredi 3 avril 2026, “Le fossé d’Hastings” 27ème triade chants 79 à 81.