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Imaginaire n°663
vendredi 21 juin 2024
 
Le pape... cet inconnu.
 
LE BALCON
 
— Votre sainteté, vous avez vu ce ciel, ce matin ?
Pierre II se gratte le crâne. Il a assez mal dormi. Il est pâteux. Il pousse son amant de son grand lit.
— Allez, bêta ! On se voit tout à l’heure, aux Laudes[1].
Le pape se retourne cette fois vers son secrétaire.
— Alors Giacomo... tu me parles du ciel ? dit-il souriant.
Le secrétaire, qui connaît l’humour un brin sacrilège de son patron, laisse filer, silencieux. Il étend ses deux mains en avant pour l’inviter à regarder par lui-même.
— Eh ! lance-t-il simplement.
Secouant sa carcasse, le pape Pierre II se lève. Il est nu, juste avec le string qu’il portait la veille au soir ; mais il n’en a que faire. Et puis Giacomo est son secrétaire depuis qu’il fut évêque de Paris, alors pourquoi se cacher.
Il s’approche de la fenêtre, il se frotte les yeux. La luminosité soudaine lui éclate au visage.
— Bordel de dieu, c’est quoi ce binz ?
— Sans doute que le ciel nous envoie un message, votre sainteté.
L’air incrédule, Pierre II tourne la tête vers son secrétaire, comme si celui-ci avait dit une énormité.
— Mais oui, mais oui... et les petits hommes verts vont débarquer.
Il se gratte les couilles.
— Saint père !
Giacomo est sincèrement profondément choqué.
— Ouaip ! Ouaip ! C’est vrai que cette couleur de violette est assez étrange, je te le concède.
— Ah !
— On fait quoi alors ?
— Ben... une prière !
— Encore !...
Le secrétaire, depuis toujours, même s’il est offensé par les mots de celui qu’il sert depuis tant d’années, reste coi... avant de changer de sujet.
— Je vous prépare votre petit déjeuner, Saint Père ?
Pierre II, perdu dans quelques pensées libidineuses, ne réagit pas tout de suite, alors que son factotum attend l’acquiescement de son maître.
Soudainement, repoussant les images qui le taraudent, il lève la tête.
— Ah ! Oui, bien sûr, le p’tit déj’. Les œufs moins cuits s’il te plaît mon tout beau.
Avec déférence, courbé et reculant, le serviteur se retire.
— Oui votre Sainteté.

***

La foule est cette fois immense et compacte sur cette célèbre Place Saint Pierre du Vatican. Elle est noire de monde.
Le ciel toujours aussi violet est parcouru d’éclairs roses. Mais si cela est étrange, c’est cette odeur qui emplit l’atmosphère après chaque éclair qui épouvante le plus les fidèles réunis, à genoux, en prière, sur cette immense place ronde. Cette odeur qui leur paraît à la fois familière et pourtant porteuse de vices, ils ne savent pas encore lui donner un nom.
Alors, les yeux se tournent vers le balcon. Ce balcon papal qui reste obstinément vide. Pourtant la multitude aurait besoin d’être rassurée par l’apparition du représentant terrestre de dieu.
Quelques fois, une ouaille lève la tête, avec le visage crispé par la peur et le sourire naïf du croyant qui patiente en attendant la révélation du martyre.
Durant de longues heures, le balcon reste inexorablement vide.
Puis, subitement, la double porte-fenêtre s’ouvre, mais le rideau rouge, cependant, reste serré, longtemps, très longtemps. Enfin, alors que les esprits sont de plus en plus dans un état de peur panique ; le rideau s’ouvre. Le pape apparaissant, l’assemblée des fidèles exprime son contentement, son apaisement, dans un souffle commun.
Lui, lève les bras, il se penche vers le micro, et pour donner enfin à la face du monde le message du vice-dieu, il prend sa respiration...
— Je vous ai compris !

[1] Les laudes, prière du matin, célèbrent la résurrection du Christ “soleil levant” et le jour nouveau en sa naissance.