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LE FOSSÉ D'HASTINGS
un roman épique
VINGTIÈME ET UNIÈME TRIADE
Chant LXI
Lors d'en début avril 1144, un messager
Porteur d’une belle nouvelle d’union,
Arrive à Fontaine-Haute, en Normandie,
Où Eudes et Berthe reçoivent,
Richard et sa douce femme.
Lisez ma bonne Berthe, lisez-moi.
“En l’an de grâce 1144, moi, Harvise d’Évreux,
Née d’illustre lignée et à la parfin
Épouse de Robert, comte de Dreux,
Adresse mes salutations à Berthe de Falaise,
Dame digne de ma considération.
Il me sied de vous informer que mon union
Avec le comte Robert se tiendra
En la collégiale de Dreux
Au commencement de l’été attendu.
Votre présence, en qualité d’amie estimée
Et de personne de rang, serait grand honneur
Embellissant la solennité de l’heureuse cérémonie.
Veuillez, je vous prie, faire connaître
Votre décision par messager fidèle
Afin que nous préparions votre logis
Avec tout le faste dû à votre qualité. Harvise.”
Des sourires entendus s’échangent
De l’une à l’autre et de l’un à son cousin.
« Il ne faut pas désespérer, elle a bon cœur »,
Dit Berthe, l’épouse si bonne, d’Eudes.
« Nous irons, pour peu que j’aille mieux »,
Précise le chevalier-banneret,
« Tant me fait vieux que l’occasion
Se fait de bouger un peu est plaisant,
Viendrez-vous m’accompagnant ? »
Richard et Elizabeth repartent que ne reste,
Il y a tant à faire à Aspatria.
Chant LXII
Les jumeaux Hugh et Robert, et Eleanor,
D’Agnès et du défunt Dafydd, jouent
En la chambre d’enfants, sous l’œil
Attendrit de Margaret, leur nourrice.
Les peaux de chèvre si bien cousues,
Font un parterre au sol, de belle taille,
Surtout pour les enfantelets qui chamaillent.
Le mois d’avril 1145 est agité de murmures,
Inquiets ou curieux, car de l’aube
Jusqu’en crépuscule, l’on distingue
En le ciel la chevelure flamboyante
D’une comète traversant l’horizon.
D’aucuns ont crié à la fin des temps,
D’autres au renouveau des jours,
Peu ont les yeux de Richard,
Tout autant de ceux qui l’entourent,
À la regarder avec curiosité et sourit.
“Cette nuit, j’ai vu en le ciel l’étoile étrange,
Elle a longue traînée semblable à des cheveux.
Sa lumière faible mais tant persistante,
Sa queue de filaments pointe vers l’orient.
Je l’ai notée en rapport aux étoiles fixes.
La comète annonce-t-elle quelque événement ? »
Le baron est certes croyant, mais en science
Il est versé de son plus jeune âge,
Aussi, il connaît qu’il y a des mystères,
Des secrets que la nature n’a point révélés,
Mais qu’un jour, à force d’études,
De sagesse et de patience, on connaîtra
L’usage et pourquoi Dieu en a fait ainsi.
Chant LXIII
Le pape Eugène III, avant Noël de l’an 1145,
Appela les fidèles à la nouvelle croisade
En Terre Sainte, après revers d’arme d’Édesse
Et de son comté aux États latins d’Orient.
Richard est heureux, par la construction
Du prieuré de Saint Patrick, il peut,
Sans paraître méchant, ne pas participer
À ce qu’il considère comme inutile.
Mais de personne ceci n’est connu.
Aussi, le 17 mars jour de la Saint Patrick,
Le baron Richard d’Aspatria fait dire partout,
Par moult crieurs appelés à distribuer
La parole et l’invitation faite à tous,
« Ô habitants de la baronnie d’Aspatria !
Écoutez et prêtez oreille à l’heureuse nouvelle !
Au jour béni de la Saint-Patrick,
Le dix-septième du mois de mars de l’an,
Notre noble seigneur Richard d’Aspatria,
Baron et protecteur de ces terres,
En présence de frère Baldwin d’Aspatria,
Choisi pour devenir prieur de ce lieu saint,
Inaugure le nouveau prieuré Saint-Patrick,
Fondé pour gloire du Seigneur et salut des âmes
Sur le vœu tant pieu et vertueux du baron.
Que chacun se réjouisse et offre ses prières
En hommage à Dieu de ce lieu consacré
Pour la paix et la piété de la baronnie ! »
Les années de croisade sont ainsi oubliées
Des habitants qui ne s’offusquent
Du forfait de leur baron à cette entreprise.
« J’ai bien fait avec ce prieuré, ma douce,
J’honore notre Seigneur de belle manière
Et non point par cette chaotique expédition. »
« Oui da, mon doux prince, il faut aussi
Prier que les temps s’assagissent. »
lundi 16 mars 2026, “Le fossé d’Hastings” 22ème triade chants 64 à 66.